A Vienne, un «club» citoyen tient l’espionnage russe à l’œil

Armé de drones, de téléobjectifs et utilisant des sources en libre accès sur Internet, un collectif autrichien enquête depuis le début de la guerre en Ukraine sur une station d’espionnage satellite russe, qu’ils pensent être la plus importante en Europe.

Ces très grosses antennes ne servent sans doute pas à capter la télé par satellite… CC 3.0 « Nomen Nescio »

Quatre hommes sur une terrasse enneigée, les yeux rivés sur un ensemble de bâtiments, beiges et angulaires, qui émerge au-dessus du 22e arrondissement de Vienne, quelques pâtés de maisons plus loin. Avec un téléobjectif, ils prennent des photos de la forêt d’antennes plantée sur le plus haut des immeubles : 22 en tout dont certaines paraboles qui doivent faire 4 mètres d’envergure. Le bâtiment en question appartient à la représentation permanente de la Russie auprès des Nations unies. Les quatre observateurs sont membres du collectif d’enquêteurs citoyens Nomen Nescio Club, qui s’est donné pour mission depuis l’automne 2022 de faire la lumière sur ces installations techniques ayant pris leurs quartiers sur les toits de la ville. Et de lancer l’alerte sur les activités d’espionnage russe au cœur de l’Europe.

Parfois surnommée «Russencity» – la «City»des Russes –, cette représentation permanente est, officiellement, un lieu de travail et de résidence, l’équivalent d’une ambassade auprès des organisations internationales. Officieusement, ces 37 000 m² abritent également «un centre névralgique stratégique important pour des activités d’espionnage à l’encontre de l’Autriche et d’autres pays européens», estiment les services de renseignement autrichiens. Ici, des agents secrets sous couverture légale font tourner une station d’écoute satellite, radar et radio («Sigint», disent les professionnels). D’où les grosses antennes. […]

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70 ans après sa réouverture, plus de nuances face au mythe du Staatsoper

Après les destructions de 1945, l’auditorium du Staatsoper a été modernisé.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Autriche, annexée par l’Allemagne nazie puis bombardée, doit se reconstruire et se réinventer. Pour cela, elle met la culture à contribution. Symbole de raffinement, l’opéra d’État de Vienne rouvre ses portes en 1955. Et s’il reste aujourd’hui une gloire nationale, le Staatsoper est cependant considéré avec un regard plus nuancé. Dernier acte des commémorations des 70 ans de sa réouverture en grande pompe, cette scène nationale a présenté mardi dernier une nouvelle mise en scène du Fidelio de Beethoven. J’ai assisté aux préparatifs et mon reportage a été diffusé mardi par Accents d’Europe sur RFI. Réécoute ici (13’45).

Une plaque commémore désormais les membres du personnel de l’opéra victime du nazisme : un regard actualisé sur le mythe de la réouverture et de la nouvelle identité nationale en 1955..

Visibilité LGBT+, subventions retrouvées… En Styrie, la «résistance contre l’extrême droite a porté ses fruits»

Dans la région autrichienne de Styrie, gouvernée depuis neuf mois par le parti d’extrême droite FPÖ, acteurs indépendants et associations se mobilisent pour défendre leur vision de la culture. Ils ont remporté deux batailles symboliques.

Jodie Fox lance un regard ourlé de faux-cils à la foule qui l’entoure. «Tu parles d’un effet Streisand ! Ou même d’un effet Orbán…» sourit-elle. La drag-queen fait allusion à ce mécanisme médiatique involontaire par lequel la tentative d’étouffer un événement attire davantage l’attention que l’événement n’en aurait généré à lui seul, comme on l’a vu en juin au moment de la marche des fiertés interdite par le Premier ministre Viktor Orbán en Hongrie voisine.

Parmi les badauds qui s’agglutinaient, ce dimanche 14 septembre, dans une petite rue du centre de Graz, beaucoup disent qu’ils sont venus ici, au stand tenu par une association LGBT + du festival folklorique Aufsteirern, spécialement pour soutenir l’association RosaLila PantherInnen, après que le gouvernement régional, mené par l’extrême droite, a essayé de lui barrer la route. […] La suite sur le site de Libération.

Suspension du regroupement familial en Autriche : le chagrin et l’écœurement des réfugiés

Malgré la consternation des personnes exilées et les contestations des associations, le gouvernement a décidé de suspendre ce mécanisme pour les bénéficiaires du droit d’asile, une première en Europe.

Dans son appartement trop grand et trop cher pour lui, à quoi bon garder les lits des enfants ? Aimen Kanaan s’est résolu à les revendre. Il avait meublé un deux-pièces à Vienne en prévision de l’arrivée de sa femme et de ses jumeaux de 9 ans, qu’il n’a pas vus depuis quatre ans. Mais ce Syrien de 37 ans, serveur et homme de ménage en Autriche, n’a plus le droit au regroupement familial.

Car le pays, gouverné depuis le mois de mars par une coalition des conservateurs avec les sociaux-démocrates et les libéraux, est aujourd’hui le premier d’Europe à suspendre cette procédure pour les réfugiés. Concrètement, les bénéficiaires du droit d’asile peuvent continuer à déposer leurs dossiers pour demander à être réunis avec leurs conjoints et leurs enfants mineurs mais l’administration autrichienne n’est plus tenue de traiter ces demandes, pour six mois dans un premier temps. Des exceptions sont prévues, en particulier pour les enfants seuls qui demandent à faire venir leurs parents.

Ce tour de vis a été rendu possible et surtout légal par l’adoption d’un amendement à la loi sur l’asile voté en avril. Celui-ci prévoit que le gouvernement puisse, par ordonnance, constater une «mise en danger du maintien de l’ordre public et de la protection de la sécurité intérieure», qui déclenche l’arrêt des procédures. Le conseil des ministres a franchi cette étape ce mercredi 25 juin. […] La suite sur le site de Libération.

Réarmement, pacifisme et « neutralité perpétuelle » en Autriche

Très attaché à sa neutralité, le petit pays alpin est rattrapé par les bouleversements géostratégiques qui se traduisent par une remise en question de son identité nationale au moment où la Seconde République vient de fêter ses 80 ans.

«Alors, quand est-ce que vous partez pour l’Ukraine ?» Le caporal réserviste Harald G. hausse les épaules. «Jamais, répond ce sévère trentenaire à ses concitoyens qui lui posent la question, rapporte-t-il. Je n’irai pas faire la guerre à l’étranger. Mon devoir, c’est de protéger mon pays.» En Autriche, pays neutre depuis 1955, l’armée ne peut en principe pas intervenir en dehors du territoire national et le grand public le sait bien. Il n’empêche que le caporal se fait de plus en plus interpeller sur ce sujet.

Nichée au pied des Alpes et entourée de membres de l’Otan, l’Autriche se perçoit globalement comme une «île des bienheureux» à l’abri des conflits armés. Mais la décomposition de l’ordre international de l’après-guerre et la mise à jour des politiques de défense sur le Vieux Continent signifient pour la république autrichienne une évolution du consensus national touchant au cœur de son identité, au moment même où elle fête ses quatre-vingts ans d’existence. Ne pouvant plus confondre neutralité et pacifisme, l’Autriche a décidé d’augmenter ses «capacités de défense» et le gouvernement tripartite semble bénéficier, sur ce point, d’un large soutien dans l’opposition et les médias.En 2024, le budget militaire du pays, toujours parmi les plus bas en Europe, atteignait pour la première fois depuis le début du siècle 0,95% du PIB.

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