«La vision américaine d’un Far West numérique où tout serait permis recule»

Max Schrems à VienneMon entretien avec Max Schrems sur le thème des droits numérique et de la vie privée sur Internet. Pour, éventuellement, faire un don : noyb.eu

Max Schrems s’est fait connaître en Europe en menant un combat juridique contre Facebook, alors qu’il n’était encore qu’un étudiant en droit. En 2015, il obtenait l’invalidation par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) de l’accord-cadre dit «Safe Harbor», qui protégeait insuffisamment les données personnelles des Européens transférées aux Etats-Unis. Le militant autrichien a récemment annoncé le lancement d’une organisation non-gouvernementale : son «Centre européen pour les droits numériques» porte le petit nom de «Noyb», pour «None of Your Business» («ça ne vous regarde pas»), et veut devenir un outil à la disposition des citoyens pour faire respecter leur droit à la vie privée.

Après avoir mené seul ou presque votre bataille contre Facebook, pourquoi fonder une organisation ?

Le droit à la protection des données personnelles est un droit fondamental : le huitième dans la Charte européenne des droits fondamentaux. Mais personne ne s’occupe de veiller à son application. On ne peut pourtant pas laisser ce soin à un étudiant sur son temps libre ! Ces deux dernières années, j’ai fait le tour des associations en leur demandant de reprendre le flambeau. Mais la plupart de celles qui sont actives dans le domaine numérique, comme la Quadrature du Net en France, s’occupent plutôt des atteintes à la vie privée commises par les Etats. De l’autre côté, les associations qui s’occupent des atteintes aux droits des consommateurs sont dépassées par ces questions trop techniques. Il y a donc un manque, d’autant que c’est un combat qui doit se mener non au plan national mais à l’échelon européen. Pour combler ce manque, je lance Noyb avec deux autres Autrichiens, un expert de la protection des données, Christof Tschohl, et une avocate spécialiste des droits des consommateurs, Petra Leupold. Le siège de l’association sera à Vienne, mais l’équipe sera européenne.

Comment une ONG débutante pourra-t-elle tenir tête à des géants comme Facebook ou Google ?

Selon le principe du tout ou rien, nous ne lancerons Noyb que si nous parvenons à récolter 250 000 euros en promesses de dons d’ici fin janvier. Impossible de tenir tête à des multinationales avec moins ! S’il y a, dans toute l’Europe, ne serait-ce que 5 000 personnes qui nous soutiennent à hauteur de cinq euros par mois – le prix d’un café ! –, alors nous atteindrons notre objectif. Dans l’idéal, nous voulons engager deux experts techniques et deux juristes. Le but est d’amener nos premiers cas devant les tribunaux dès le 25 mai 2018, le jour où le nouveau règlement européen sur la protection des données entrera en vigueur.

Ce règlement permet-il vraiment un changement radical ?

On voit qu’il en va de la révolution numérique comme de la révolution industrielle : à l’époque, il a fallu définir de nouvelles règles, comme les droits des salariés ou le droit de bail. Aujourd’hui, nous devons réfléchir à ce que serait une utilisation juste des données. Jusqu’ici, le problème relève de ce qu’on appelle un «droit mou» : les lois existent, mais elles ne sont pas appliquées. […]

Lire la suite sur le site de Libération : www.liberation.fr/planete/2017/12/10/la-vision-americaine-d-un-far-west-numerique-ou-tout-serait-permis-recule_1614910

 

Mais qui sont les opposants au FPÖ en Autriche ?

… mais oui, il y en a !

Une chaîne de lumière pour protéger le quartier ministériel des ministres du FPÖ.
Une chaîne de lumière pour protéger symboliquement le quartier gouvernemental des ministres du FPÖ, à la mi-novembre à Vienne.

L’Autriche est loin d’en avoir fini avec l’extrême-droite puisqu’un nouveau gouvernement associant les conservateurs de l’ÖVP et le parti FPÖ devrait être investi le 20 décembre 2017, deux mois après les législatives. Si elle n’est plus taboue, la participation d’un parti d‘extrême droite à l’exercice du pouvoir mobilise néanmoins certains opposants.

L’opposition se trouve-t-elle dans les partis politiques ? Pas vraiment. Mais où donc ? Et pourquoi ? La réponse à écouter dans « Accents d’Europe » d’hier : www.rfi.fr/emission/20171204-autriche-opposants-extreme-droite-fpo

Une nouvelle ONG pour la défense des droits numériques

Les fondateurs du noyb: Christof Tschohl, Petra Leupold et Max Schrems.
Les fondateurs du NOYB : Christof Tschohl, Petra Leupold et Max Schrems

L’organisation basée en Autriche prévoit de lutter contre les abus dans l’utilisation commerciale des données personnelles.

Elle s’appelle NOYB, pour «None of your business» (ce ne sont pas vos affaires). Ce nom acerbe est trompeur: l’action de cette nouvelle organisation non gouvernementale concerne en fait tout le monde. Le jeune juriste autrichien Max Schrems, qui s’est fait connaître en menant un combat législatif international contre Facebook, a annoncé mercredi matin ses plans pour ce centre européen pour les droits numériques. Si sa campagne de financement continue de se développer positivement, celui-ci ouvrira en février prochain et son siège se tiendra à Vienne.

L’organisation, dont le comité directeur compte, outre son initiateur, un expert de la protection des données et une avocate spécialiste du droit des consommateurs, veut se concentrer sur les abus dans l’utilisation commerciale des informations personnelles. «Certaines multinationales fondent leur modèle économique sur une exploitation illégale de ces data, explique l’activiste. Pour elles, il est plus lucratif de ne pas respecter les lois en la matière.» Afin de contrer ces géants du Net, il a donc mûri depuis quatre ans l’idée d’une ONG qui pourrait coordonner des actions en justice au niveau européen.

En poursuivant Facebook pour ne pas avoir protégé les informations privées de ses utilisateurs – en particulier face aux renseignements américains – Max Schrems a provoqué l’invalidation, il y a deux ans, de l’accord Safe Harbor, qui encadrait les échanges de données de l’Union européenne avec l’Outre-Atlantique. Avec son NOYB, l’Autrichien entend maintenant systématiser cet exemple.

Le 25 mai 2018 entrera en vigueur un nouveau règlement communautaire sur la protection des données, qui renforcera les recours juridiques. […]

Lire la suite sur le site de La Tribune de Genève : www.tdg.ch/monde/ong-defense-numerique-creee-vienne/story/28238330

Un thriller en temps réel sur les réseaux sociaux et dans la Seestadt

la battue dans un champ de la Seestadt
Dimanche dernier, personnages et spectateurs de la Seestadt Saga se sont livrés à une battue dans ce champ de la Seestadt, à la recherche d’indices pouvant faire avancer l’intrigue de cette saga.

Le théâtre explore de nouvelles scènes, y compris virtuelles. La petite compagnie viennoise du Schauspielhaus a conçu une série, la Seestadt-Saga, qui se déroule sur un mois. Elle est jouée en temps réel alternativement sur les réseaux sociaux – Twitter, Facebook, Instagram – et dans des lieux bien réels. Les internautes sont invités à participer et à interagir avec les acteurs et le scénario. J’ai participé à cette expérience à Vienne, dans le quartier satellite en construction de la Seestadt.

À écouter à la fin de l’émission « Accents d’Europe » d’hier (à partir de 13’40) : www.rfi.fr/emission/20171109-sicile-migrantes-enceintes-soutien-psychologique-programme-cara-mineo

Kathi et Marko Herz - peu avant la fuite de Marko Herz après la battue de la seestadt-saga
Kathi et Marko Herz – peu avant la fuite de Marko Herz, alors que les indices ramassés lors de la battue sont examinés.

Polémique autour des jardins d’enfants musulmans à Vienne

Ils sont dans le viseur de celui qui sera sans doute le prochain chancelier conservateur, Sebastian Kurz. En Autriche, les jardins d’enfants musulmans doivent essuyer les critiques très politiques qui se sont multipliées, durant la campagne pour les législatives. Communautarisme, ghettoïsation ou, au contraire, développement dans le respect d’une culture et d’une religion minoritaire ? Le débat se poursuit. Je suis allée visiter une de ces crèches, privées et controversées.

Mon reportage pour « Accents d’Europe » à écouter ici : www.rfi.fr/emission/20171106-autriche-jardins-enfants-musulmans-grece-santorin-hongrie-citadins-amnesiques

Une star de la politique autrichienne tombe pour agression sexuelle

Après le Royaume-Uni, la libération de la parole de femmes vient chambouler la politique autrichienne. Le député star Peter Pilz a annoncé samedi qu’il renonçait à son mandat suite à la révélation de deux cas de harcèlement sexuel. Cet été, il avait fait sécession des Verts, avec qui il siégeait depuis trente ans. Sa «Liste Pilz», d’un populisme de gauche au programme flou, a fait son entrée au parlement autrichien à la suite des législatives anticipées il y a tout juste trois semaines.

Il y a quelques jours, deux journaux éventaient les accusations d’une militante écologiste concernant des attouchements dont se serait rendu coupable Peter Pilz à plusieurs reprises, lorsqu’il était encore membre de ce parti. Puis, samedi, une autre jeune femme témoignait dans l’hebdomadaire viennois Falter. Lors d’un important forum européen à Alpbach, Peter Pilz, ivre, l’aurait caressée de force. «Ses mains se baladaient partout», a-t-elle raconté. Elle se serait libérée avec l’aide de deux autres participants. Le témoignage de ces deux hommes, que l’hebdomadaire assure avoir recueilli, aura décidé Peter Pilz à tirer les conséquences de ces actes, dont il affirme cependant n’avoir aucun souvenir.

#meToo

L’homme politique de 63 ans a tout de même tenté d’expliquer son comportement par son «style de vie» peu soucieux du «politiquement correct» et par la «culture politique» de sa génération, tout en appelant les «hommes mûrs et puissants», comme lui, à apprendre de leurs erreurs. Ce repentir bancal ne convainc pas Shifteh Hashemi de l’initiative féministe Frauenvolksbegehren, mais elle se réjouit néanmoins de constater une libération de la parole au sujet du harcèlement quotidien, en particulier grâce à la campagne #meToo sur les réseaux sociaux.

Sonja Ablinger, secrétaire générale de la confédération d’associations Österreichischer Frauenring, confirme ce changement d’atmosphère. «#meToo et son pendant germanophone #Aufschrei ont donné le courage aux femmes d’appeler les agressions par leur nom, constate-t-elle. Elles brisent le tabou parce qu’elles savent qu’elles trouveront un soutien.»

Vestiges de la gauche de la gauche

Qu’adviendra-t-il du groupe parlementaire de Peter Pilz ? Ce groupe de sept membres, encore appelé «Pilz», est le dernier vestige de la gauche de la gauche dans l’hémicycle viennois. […]

Lire la suite sur le site de Libération : www.liberation.fr/planete/2017/11/05/une-star-de-la-politique-autrichienne-tombe-pour-agression-sexuelle_1607954