Autriche : tremplin gouvernemental pour l’extrême droite

Mon article de samedi.

Le FPÖ a obtenu six des treize ministères dans le gouvernement du conservateur Sebastian Kurz, qui prêtera serment lundi. Un boulevard pour se poser en parti patriote et social.

Le parti d’extrême droite FPÖ a les cartes en main pour jouer un rôle majeur au sein du prochain gouvernement autrichien, même s’il n’est que le «partenaire junior» de la coalition scellée ce week-end, sans surprise, par le conservateur autrichien Sebastian Kurz. A 31 ans, celui-ci doit devenir lundi le plus jeune chef de gouvernement en Europe.

Sur treize ministères, le FPÖ en a obtenu six. Le nouveau vice-chancelier, Heinz-Christian Strache, peut s’estimer heureux, selon le politologue viennois Laurenz Ennser-Jedenastik : «Avec la Défense et les Affaires sociales, il pourra renforcer l’image d’un parti patriotique et social», estime-t-il. Son secrétaire général, Herbert Kickl, devient en outre ministre de l’Intérieur, une grande avancée pour l’extrême droite. Quant à Norbert Hofer, qui a raté de peu l’investiture suprême l’année dernière, il pourra fourbir ses armes au stratégique ministère des Infrastructures en attendant la prochaine présidentielle.

Présidence tournante de l’UE

Autre victoire : Karin Kneissl, journaliste spécialiste du Moyen-Orient, est propulsée à la tête des Affaires étrangères. Tenu à l’écart de la diplomatie lors de sa dernière participation au gouvernement fédéral de 2000 à 2006, le parti eurosceptique peut désormais avancer ses pions sur la scène internationale. Les Affaires européennes lui ont cependant été soustraites au profit de Sebastian Kurz à la chancellerie. Une manière d’éviter tout scandale, alors que l’Autriche prendra la présidence tournante de l’Union européenne à partir de cet été.

Le parti conservateur garde également ses deux bastions traditionnels, l’Economie et l’Agriculture. Toutefois, le «candidat du renouveau» a fait appel à de nouvelles têtes. Des managers s’installent aux Finances et à l’Economie, un professeur d’université à l’Education et un ancien président de la Cour des comptes à la Justice. Pour la première fois depuis des décennies, police et armée se retrouvent aux mains du même camp politique. «C’est une grande concentration de la puissance d’Etat, note le juriste constitutionnaliste Bernd-Christian Funk, il faut faire attention à ce que le FPÖ ne militarise pas la police.»

Provocant idéologue

Le président et ancien chef des Verts, Alexander van der Bellen, ne s’est pas opposé à ce rapprochement. En revanche, il a imposé une secrétaire d’État conservatrice au nouveau ministre de l’Intérieur, le provocant idéologue du FPÖ Herbert Kickl. Karoline Edtstadler devrait en particulier garder à l’œil la lutte anti-corruption et le devoir de mémoire de l’holocauste…

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«La vision américaine d’un Far West numérique où tout serait permis recule»

Max Schrems à VienneMon entretien avec Max Schrems sur le thème des droits numérique et de la vie privée sur Internet. Pour, éventuellement, faire un don : noyb.eu

Max Schrems s’est fait connaître en Europe en menant un combat juridique contre Facebook, alors qu’il n’était encore qu’un étudiant en droit. En 2015, il obtenait l’invalidation par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) de l’accord-cadre dit «Safe Harbor», qui protégeait insuffisamment les données personnelles des Européens transférées aux Etats-Unis. Le militant autrichien a récemment annoncé le lancement d’une organisation non-gouvernementale : son «Centre européen pour les droits numériques» porte le petit nom de «Noyb», pour «None of Your Business» («ça ne vous regarde pas»), et veut devenir un outil à la disposition des citoyens pour faire respecter leur droit à la vie privée.

Après avoir mené seul ou presque votre bataille contre Facebook, pourquoi fonder une organisation ?

Le droit à la protection des données personnelles est un droit fondamental : le huitième dans la Charte européenne des droits fondamentaux. Mais personne ne s’occupe de veiller à son application. On ne peut pourtant pas laisser ce soin à un étudiant sur son temps libre ! Ces deux dernières années, j’ai fait le tour des associations en leur demandant de reprendre le flambeau. Mais la plupart de celles qui sont actives dans le domaine numérique, comme la Quadrature du Net en France, s’occupent plutôt des atteintes à la vie privée commises par les Etats. De l’autre côté, les associations qui s’occupent des atteintes aux droits des consommateurs sont dépassées par ces questions trop techniques. Il y a donc un manque, d’autant que c’est un combat qui doit se mener non au plan national mais à l’échelon européen. Pour combler ce manque, je lance Noyb avec deux autres Autrichiens, un expert de la protection des données, Christof Tschohl, et une avocate spécialiste des droits des consommateurs, Petra Leupold. Le siège de l’association sera à Vienne, mais l’équipe sera européenne.

Comment une ONG débutante pourra-t-elle tenir tête à des géants comme Facebook ou Google ?

Selon le principe du tout ou rien, nous ne lancerons Noyb que si nous parvenons à récolter 250 000 euros en promesses de dons d’ici fin janvier. Impossible de tenir tête à des multinationales avec moins ! S’il y a, dans toute l’Europe, ne serait-ce que 5 000 personnes qui nous soutiennent à hauteur de cinq euros par mois – le prix d’un café ! –, alors nous atteindrons notre objectif. Dans l’idéal, nous voulons engager deux experts techniques et deux juristes. Le but est d’amener nos premiers cas devant les tribunaux dès le 25 mai 2018, le jour où le nouveau règlement européen sur la protection des données entrera en vigueur.

Ce règlement permet-il vraiment un changement radical ?

On voit qu’il en va de la révolution numérique comme de la révolution industrielle : à l’époque, il a fallu définir de nouvelles règles, comme les droits des salariés ou le droit de bail. Aujourd’hui, nous devons réfléchir à ce que serait une utilisation juste des données. Jusqu’ici, le problème relève de ce qu’on appelle un «droit mou» : les lois existent, mais elles ne sont pas appliquées. […]

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Une star de la politique autrichienne tombe pour agression sexuelle

Après le Royaume-Uni, la libération de la parole de femmes vient chambouler la politique autrichienne. Le député star Peter Pilz a annoncé samedi qu’il renonçait à son mandat suite à la révélation de deux cas de harcèlement sexuel. Cet été, il avait fait sécession des Verts, avec qui il siégeait depuis trente ans. Sa «Liste Pilz», d’un populisme de gauche au programme flou, a fait son entrée au parlement autrichien à la suite des législatives anticipées il y a tout juste trois semaines.

Il y a quelques jours, deux journaux éventaient les accusations d’une militante écologiste concernant des attouchements dont se serait rendu coupable Peter Pilz à plusieurs reprises, lorsqu’il était encore membre de ce parti. Puis, samedi, une autre jeune femme témoignait dans l’hebdomadaire viennois Falter. Lors d’un important forum européen à Alpbach, Peter Pilz, ivre, l’aurait caressée de force. «Ses mains se baladaient partout», a-t-elle raconté. Elle se serait libérée avec l’aide de deux autres participants. Le témoignage de ces deux hommes, que l’hebdomadaire assure avoir recueilli, aura décidé Peter Pilz à tirer les conséquences de ces actes, dont il affirme cependant n’avoir aucun souvenir.

#meToo

L’homme politique de 63 ans a tout de même tenté d’expliquer son comportement par son «style de vie» peu soucieux du «politiquement correct» et par la «culture politique» de sa génération, tout en appelant les «hommes mûrs et puissants», comme lui, à apprendre de leurs erreurs. Ce repentir bancal ne convainc pas Shifteh Hashemi de l’initiative féministe Frauenvolksbegehren, mais elle se réjouit néanmoins de constater une libération de la parole au sujet du harcèlement quotidien, en particulier grâce à la campagne #meToo sur les réseaux sociaux.

Sonja Ablinger, secrétaire générale de la confédération d’associations Österreichischer Frauenring, confirme ce changement d’atmosphère. «#meToo et son pendant germanophone #Aufschrei ont donné le courage aux femmes d’appeler les agressions par leur nom, constate-t-elle. Elles brisent le tabou parce qu’elles savent qu’elles trouveront un soutien.»

Vestiges de la gauche de la gauche

Qu’adviendra-t-il du groupe parlementaire de Peter Pilz ? Ce groupe de sept membres, encore appelé «Pilz», est le dernier vestige de la gauche de la gauche dans l’hémicycle viennois. […]

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Sebastian Kurz, du renouveau chez les conservateurs autrichiens… et à la chancellerie !

Le jeune espoir des conservateurs a devancé gauche et extrême droite avec un programme et un style nouveaux, qui le rapprochent des populistes.

«Nous avons rendu possible l’impossible!» Quoiqu’un tantinet fanfaron, le jugement rendu par Sebastian Kurz après la victoire de son parti aux législatives dimanche en Autriche énonce un fait. À un stade léthargique avancé il y a moins d’un an, l’ÖVP conservateur signe un rétablissement spectaculaire, raflant 31% des voix (+7% par rapport à 2013), selon les projections préalables au dépouillement des votes par correspondance. La formation chrétienne-démocrate a clairement distancé son partenaire actuel de gouvernement, le parti social-démocrate du chancelier Christian Kern, qui se dispute la deuxième place avec le FPÖ d’extrême droite aux alentours des 26%.

Cette victoire a un nom, celui de Sebastian Kurz. A 31 ans, le chef des conservateurs est selon toute probabilité le prochain chancelier autrichien. Il sera alors le plus jeune chef de gouvernement en Europe. Actuellement encore ministre des Affaires étrangères, il a réussi un «tour de force communicationnel», selon Laurenz Ennser-Jedenastik, politologue à l’Université de Vienne. «Il a reconnu dans la population un besoin diffus de changement et a réussi à se démarquer du travail gouvernemental de son parti», constate le chercheur. Fort de son jeune âge et d’un dépoussiérage qu’il a su imposer au lourd appareil de l’ÖVP, le ministre s’est ainsi fait élire comme candidat du renouveau à la tête d’un parti… qui siège depuis trente ans, dans diverses coalitions, au gouvernement fédéral.

Ce besoin de changement, Sebastian Kurz l’a canalisé dans l’immigration, un thème qui a dominé toute sa campagne. «C’est un thème qui mobilise particulièrement depuis la crise des réfugiés de l’automne 2015», explique la politologue carinthienne Kathrin Stainer-Hämmerle. «Le thème avait déjà été instrumentalisé auparavant par des hommes comme Jörg Haider, mais c’était pour le compte du FPÖ.» Fin de l’immigration illégale, restriction du droit d’asile, baisse des aides sociales pour les étrangers: Sebastian Kurz a été accusé de reprendre à son compte les positions de ce parti d’extrême droite, ce qui n’a pas empêché celui-ci d’effectuer un bon score.

Le bon résultat du FPÖ n’a rien d’extraordinaire en Autriche, où ce parti participe déjà à l’administration de plusieurs communes et régions. Tout porte à croire que Sebastian Kurz, peu tenté de renouveler la dysfonctionnelle «grande coalition» avec la gauche, va choisir une alliance avec l’extrême droite pour former une majorité de gouvernement. Avec l’institutionnalisation du FPÖ, une telle alliance ne créerait plus le même tollé qu’avait suscité, en 2000-2006, une première coalition de ce genre au niveau fédéral.

Sebastian Kurz porte beaucoup d’espoirs. Qu’en fera-t-il ? […]

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Législatives autrichiennes : Sebastian Kurz, un «Macron» ultraconservateur ?

Favori de l’élection, le leader du Parti populaire autrichien pourrait accéder à la chancellerie.
Avec Johanna Luyssen,
** Lire la totalité de l’article, ainsi que l’analyse de Johanna Luyssen, sur le site de Libération : www.liberation.fr**

«Le messie noir». Ainsi l’avait surnommé le quotidien Salzburger Nachrichten au moment de sa reprise en main du Parti populaire autrichien (ÖVP, chrétien-démocrate-conservateur), traditionnellement représenté par la couleur du jais. Sebastian Kurz va devoir prouver, ce dimanche, qu’il sait effectivement marcher sur l’eau.

L’ÖVP, dont la popularité était au plus bas il y a moins d’un an, est désormais en tête dans les enquêtes d’opinion. Le parti ne doute plus d’être en position, à l’issue des législatives, d’installer leur chef à la chancellerie. Avec ses 31 ans et ses promesses de renouveau par la droite, le jeune ministre des Affaires étrangères semble effectivement ne rien avoir à craindre, alors que le chancelier social-démocrate, Christian Kern, doit disputer la deuxième place à l’organisation d’extrême droite FPÖ (Parti de la liberté d’Autriche), après une campagne pavée de ratés.

 Sebastian Kurz se présente à la tête d’une liste paritaire, ouverte à la société civile et qui porte son nom avant celui du parti. Concoctée dans la foulée de la victoire d’En marche en France (très suivie dans la république alpine), cette liste se veut la preuve que les conservateurs autrichiens constituent désormais un mouvement dynamique, et non plus ce lourd appareil de fédérations régionales, qui siège au gouvernement sans interruption depuis trente ans.

Ascension éclair

Pour cela, Sebastian Kurz a opéré quelques changements politiques, mais aussi cosmétiques (notamment en changeant la couleur du parti). Le noir, couleur traditionnelle de l’ÖVP, est devenu turquoise pâle. La campagne du charismatique ministre, à l’image de celle des autres candidats, fut concentrée non pas sur le parti et son programme, mais sur sa personnalité. «Kurz a tenté de surfer sur la vague Macron en l’appliquant à l’Autriche, dit le politologue Oliver Gruber. Il a essayé de faire du neuf avec un vieux parti.» Sur le fond, en revanche, les différences sont notables. «En surface, il semble jouer sur les mêmes éléments que Macron, note la politologue Kathrin Stainer-Hämmerle. Mais pas du tout en matière de contenus ni d’objectifs stratégiques. Macron a gagné grâce au rejet de l’extrême droite, alors que Kurz envisage une coalition avec le FPÖ.» […]

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Législatives autrichiennes : la grande coalition mal en point pourrait laisser sa place à l’extrême droite

La grande coalition autrichienne ne semble pas susceptible de renaître de ses cendres lors des législatives ce dimanche.

**Pour les pressés, une version écourtée de cet article est à lire sur le site de la Tribune de Genève : www.tdg.ch ! **

Un « gouvernement de chevaliers-brigands », c’est ainsi qu’a appelé le président du FPÖ, Heinz-Christian Strache, la coalition des sociaux-démocrates et des conservateurs encore au pouvoir en Autriche lors d’un débat télévisé mardi. Le chef de l’extrême droite est un habitué de ce genre de sorties fleuries contre la « grande coalition ». Cette forme de gouvernement, traditionnelle en Autriche au niveau fédéral depuis 1945, est en effet devenu le symbole de ce fameux « système » contre lequel il prétend lutter.

Il semble bien que, cette fois, ses coups de boutoirs porteront leur fruit. Dimanche, l’Autriche élira un nouveau parlement, dont la composition déterminera la prochaine équipe dirigeante à Vienne. Alors qu’un renouvellement d’alliance entre la gauche et la droite traditionnelles est improbable, le FPÖ semble assuré de faire son entrée au gouvernement.

Fort de son image de rénovateur énergique et pragmatique, le jeune ministre conservateur des Affaires étrangères, Sebastian Kurz, est le favori des sondages. Il ne cache pas qu’en cas de victoire, il mènera des négociations avec Heinz-Christian Strache, en vue d’une alliance se fonderait sur leurs convergences en matière de politiques migratoire et économique. De leur côté, même s’ils sont divisés sur la question, les sociaux-démocrates du chancelier Christian Kern n’excluent plus non plus une coalition avec l’extrême-droite, qui pourrait bien leur ravir la deuxième place dimanche dans les urnes.

Dysfonctionnelle politique des petits compromis

Dans la campagne, les partis veulent se distancer de l’idée d’une nouvelle grande coalition, devenue en Autriche le symbole d’une dysfonctionnelle politique des petits compromis. C’est d’ailleurs l’incapacité des ministres à coopérer jusqu’à la fin de leur mandat en 2018 qui a provoqué le scrutin anticipé de ce dimanche. « Sociaux-démocrates et conservateurs poursuivent en réalité des buts inconciliables, par exemple en matière de fiscalité et d’éducation », explique Laurenz Ennser-Jedenastik, politologue à l’Université de Vienne, «  et les blocages réciproques lorsqu’ils essayent de travailler ensemble mènent à une grande frustration ».

Promesse pour certains électeurs d’un changement bienvenu, la participation du FPÖ à la prochaine coalition ne serait néanmoins pas une première. En 2000, l’alliance des conservateurs avec ce parti avait provoqué manifestations monstres et réprobation internationale. À titre de comparaison : samedi dernier, la police attendait des milliers de participants à une manifestation contre l’extrême droite dans la capitale, seules quelques centaines sont venues.

FPÖ moins radical ?

Le FPÖ est-il en réalité devenu moins radical ? « Il n’est pas plus modéré, mais plus discipliné qu’auparavant », remarque Laurenz Ennser-Jedenastik. De plus, ces idées font désormais partie du paysage, et plus seulement dans la république alpine : « Le populisme de droite est un phénomène politique normal en Europe ». Si cette nouvelle donne n’apporte pas satisfaction, l’Autriche pourra toujours, un jour, retomber sur son système de grande coalition, comme début 2007, après six ans de gouvernement avec le FPÖ.