En Autriche, la journée de travail de 12 heures passe mal

Des centaines de syndicalistes se sont mobilisés ce vendredi, pour fustiger la nouvelle durée maximale du travail et le gouvernement, qui met en cause le consensus social.

Métallos, techniciens, femmes de ménage… pendant douze heures, des centaines de syndicalistes de la centrale ÖGB ont crié leur mécontentement au pied du siège de la Fédération de l’industrie autrichienne, ce vendredi à Vienne. Venus de nombreux secteurs de l’économie autrichienne, ils se sont succédé au micro et aux sifflets pour se manifester au moment où les négociations salariales paritaires, branche par branche, viennent de commencer dans le pays.

Et cette scène est inhabituelle. En Autriche, employeurs et délégués du personnel se rencontrent habituellement plutôt autour d’une table. «Normalement, nous ne descendons pas tout de suite dans la rue», explique Evelyn Regner, eurodéputée social-démocrate et syndicaliste de longue date, «mais ce que le gouvernement fait actuellement, c’est une claque dans la figure. Ils détruisent le système autrichien du partenariat social».

La colère est palpable dans le pays. Depuis septembre, les patrons autrichiens peuvent demander à leur personnel de travailler jusqu’à 12 heures par jour, et 60 heures par semaine – contre 10 et 50 auparavant. Cet allongement de la durée maximale du travail résulte d’une loi de flexibilisation, avec laquelle le gouvernement du conservateur Sebastian Kurz, en coalition avec l’extrême droite du FPÖ depuis décembre, entend permettre aux entreprises de réagir plus rapidement en cas de besoin de main-d’œuvre. Problème : en juin, le gouvernement l’a décidée sans négociation préalable avec les représentants des travailleurs.

Volontariat et semonce

Pour que le texte soit équilibré, la notion de «volontariat» a tout de même été ajoutée à la dernière minute, à l’initiative des ministres du FPÖ. Les salariés peuvent donc théoriquement refuser la onzième ou la douzième heure supplémentaire. Mais des experts comme Franz Marhold, avocat, directeur de département à l’Université d’économie viennoise et habitué des négociations salariales côté patronal, ont pointé qu’«en droit du travail, le volontariat total n’existe pas».

Pourtant, le gouvernement a maintenu que les employés trouveraient, eux aussi, leur compte dans la nouvelle flexibilité puisque, par exemple, les heures supplémentaires pourraient être rattrapées en bloc. Cet argument n’a pas pris : le 30 juin, 80 000 personnes défilaient dans les rues de Vienne. La plus grande manifestation en dix mois de coalition droite-extrême droite. La mobilisation, bien plus importante que celle des défenseurs des réfugiés ou des droits de l’homme, a été vue comme un coup de semonce contre les dirigeants.

En cette rentrée, les syndicats ont repris leurs actions, mais la cote de popularité du chancelier Sebastian Kurz ne semble pas en souffrir. En revanche, la contestation sociale qui dure pourrait s’avérer problématique pour le parti du vice-chancelier, Heinz-Christian Strache. «En raison de leur catégorie socio-économique, les électeurs du FPÖ seront davantage concernés par la réforme que ceux des conservateurs», analyse Peter Filzmaier, politologue à l’université de Krems. Cela pourrait devenir un problème pour une formation dont le chef se vantait encore, le 1er mai, d’être à la tête du «nouveau parti des travailleurs». […]

Lire la suite sur le site de Libération : www.liberation.fr/planete/2018/10/12/

Les idées d’extrême droite continuent de percer dans le gouvernement

Protection des frontières et coopération avec les pays africains : en marge du sommet européen de Salzbourg mercredi soir (19.09), l’hôte des Vingt-Huit, le chancelier autrichien, Sebastian Kurz, se vantait devant la presse d’avoir imposé en Europe ses positions en matière de migration. Des positions «qui étaient encore perçues comme de droite radicale il y a trois ans». Depuis décembre, le jeune chancelier conservateur gouverne la coalition avec le FPÖ et, dans bien des domaines, il a bel et bien laissé ce parti d’extrême droite fondé par des ex-nazis imprimer sa marque à l’Autriche. Petit passage en revue des mesures les plus emblématiques pour Libération, la semaine dernière : www.liberation.fr/planete/2018/09/20/autriche-les-idees-d-extreme-droite-continuent-de-percer-dans-le-gouvernement_1680081

L’Autriche poursuit sa croisade juridique contre le nucléaire en Europe

Le gouvernement a décidé de faire appel contre une décision de la CJUE autorisant des subventions publiques à l’EPR britannique de Hinkley Point.

«A peine de retour de son congé maternité, la ministre du Développement durable, Elisabeth Köstinger, déclare à nouveau la guerre au lobby de l’atome.» Le Kronen Zeitung, principal quotidien du pays, a mis les pieds dans le plat en annonçant, mardi, que le gouvernement autrichien allait faire appel, devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), d’un jugement ayant autorisé des subventions publiques du gouvernement britannique pour la centrale nucléaire d’Hinkley Point.

Une ministre contre un lobby, le nucléaire tant détesté en Autriche… voilà des ingrédients qui plaisent à la Kronen Zeitung, tabloïd populiste et populaire. Ils pourraient aussi rapporter des points de popularité au gouvernement du conservateur Sebastian Kurz, qui dirige en coalition avec l’extrême droite depuis décembre dernier.

Le conseil des ministres autrichiens doit décider ce mercredi de faire appel, avec le soutien du Luxembourg. En juillet dernier, la CJUE avait rejeté une plainte soumise par Vienne en 2015, à l’époque sous une coalition centriste. Certes, une injection d’argent public à Hinkley Point introduit bien une distorsion sur le marché énergétique européen, avaient expliqué les juges, mais de telles subventions peuvent être autorisées, dans certains cas exceptionnels. Le traité Euratom de 1957, un des textes fondateurs de l’Union, fait du domaine atomique l’une de ces exceptions.

Antinucléarisme

L’Autriche ne veut pourtant pas abandonner le combat juridique contre le nucléaire en Europe, qu’elle mène sur plusieurs fronts. En mars dernier, Vienne a également déposé une autre plainte, cette fois concernant les réacteurs de Paks, dans la Hongrie voisine. Cette procédure met en cause l’attribution du marché au groupe russe Rosatom, jugée peu transparente. Par ailleurs, cet été, les Länder de Vienne, de la Haute et de la Basse-Autriche se sont dit prêts à intenter d’autres actions, contre un autre réacteur proche du territoire autrichien, à Dukovany, en République tchèque.

De gauche comme de droite, voire d’extrême droite, pas un parti politique autrichien ne défend l’énergie atomique. L’antinucléarisme fait en effet l’objet d’un large consensus dans le pays. Depuis 1978, ce type d’énergie y est de facto interdit. Cette année-là, un référendum empêchait la mise en service de la centrale atomique de Zwentendorf, qui aurait été la première sur le territoire autrichien.

Ce référendum est entré dans la légende nationale. Pourtant, relève Florian Bayer, doctorant en sciences sociales de l’université de Vienne, le basculement définitif de l’opinion a eu lieu plus tard et avec l’aide de la politique. […]

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«L’Autriche ne se contente pas d’une répartition des migrants par quotas entre les Etats membres»

Mon interview de la ministre des Affaires étrangères Karin Kneissl est à lire aujourd’hui dans Libération.

Vienne, qui prend la présidence de l’Union au 1er juillet, défend une réforme de l’asile avec des centres hors de l’UE, explique sa ministre des Affaires étrangères.

Ancienne diplomate et publiciste, Karin Kneissl a été nommée, en décembre, ministre des Affaires étrangères sur proposition du FPÖ, parti d’extrême droite siégeant au sein de la coalition qui gouverne l’Autriche, sous la houlette du conservateur Sebastian Kurz. Alors que la présidence tournante du Conseil de l’Union revient le 1er juillet à la république alpine, la ministre expose les projets de son gouvernement pour ce semestre. Avec une priorité : la crise migratoire.

Nathalie Loiseau, ministre française des Affaires européennes, a insisté, jeudi à Vienne, sur les chiffres des arrivées sur le continent, dix fois inférieurs à ceux de 2015. Pourtant, l’Autriche fait de la question migratoire une priorité de sa présidence tournante. Les difficultés ne sont-elles pas derrière nous ?

Nous ne sommes pas les premiers à dire que la crise migratoire est la plus grande crise de l’Union européenne. Le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, le disait déjà en 2016. Je considère l’angle démographique. Selon le Rapport sur le développement humain arabe 2016 [de l’ONU, ndlr], 60 millions de jeunes dans les pays arabes vont se retrouver, en 2020, sur un marché du travail saturé. D’une manière ou d’une autre, ils vont prendre la route ! On ne peut pas dire que la crise migratoire était éphémère.

Que veut faire la présidence autrichienne ?

Nous voulons faire avancer la réforme de l’asile. Nous ne nous contentons pas d’une répartition des migrants par quotas entre les Etats membres. Il faudrait plutôt délocaliser les administrations adéquates, les amener aux personnes. C’est ce que nous faisons déjà avec l’Organisation internationale pour les migrations. Nous menons des programmes de réinstallation depuis les pays d’origine, plutôt que d’attendre que les personnes traversent la Méditerranée, où le principe de sélection revient à la survie du plus fort.

Kurz s’est prononcé pour des centres en dehors de l’Europe, où pourraient être déportés les déboutés du droit d’asile que leurs pays ne veulent pas reprendre. L’Elysée a qualifié cette idée d’inacceptable, humanitairement et légalement. L’Autriche va-t-elle continuer dans cette direction, dans les Balkans par exemple ?

On peut toujours tester des idées et voir s’il se trouverait des partenaires… Mais nous ne ferons rien de façon unilatérale. Cependant, la problématique des migrants qui n’ont pas le droit d’asile demande davantage de fermeté. Je me souviens qu’en 2016, beaucoup de gouvernements, en Suède, au Danemark, en Allemagne, ont promis à leurs électeurs qu’ils allaient expulser beaucoup plus. C’est resté lettre morte. […]

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Michael Häupl, un monument de moins à Vienne

Le maire historique de la ville prend sa retraite après vingt-quatre ans et son départ pose au parti social-démocrate autrichien la délicate question de la direction à prendre face au succès de l’extrême droite.

«Qu’on apporte le Spritz au vin blanc !» Après vingt-quatre ans à ce poste, le maire de Vienne, Michael Häupl, part à la retraite. Peut-être prononcera-t-il encore ce qui passe pour être sa phrase préférée, pour les fans. Appétit, humour bon enfant et répliques abrasives, il remballe l’attirail qui l’a élevé au rang d’icône et passe le flambeau, aujourd’hui, à un autre social-démocrate, Michael Ludwig. Vienne, dirigé par la gauche en coalition avec les Verts, reste un bastion de la résistance au gouvernement du conservateur Sebastian Kurz, en coalition, lui, avec l’extrême droite du Parti de la liberté (FPÖ). Mais la ville perd aujourd’hui un monument.

Le 1er mai, une centaine de milliers de camarades ont fêté la social-démocratie, qui règne sur la ville depuis un siècle (à l’exception des années fascistes). Peut-être par nostalgie, ils étaient plus nombreux que ces dernières années. Certains et certaines arboraient une moustache grise factice, dernier hommage au chef sur le départ. «Pour les Viennois, Michael Häupl est devenu cool», explique Eva Zeglowits. Selon cette politologue spécialiste du comportement électoral, «il est perçu comme proche du peuple, sans être rétrograde», à la différence de beaucoup de ses collègues autrichiens qui écument les kermesses en habit traditionnel. «Avec Häupl, Vienne est devenu plus urbain», récapitule de son côté le conseiller municipal en charge de la culture, Andreas Mailath-Pokorny, qui fait lui aussi ses bagages, après dix-sept ans de service. «Ce n’est plus une ville-musée, mais une capitale de la culture contemporaine, avec une vie étudiante et scientifique», se rengorge-t-il. Couronnement de l’ère Häupl, sa cité a été désignée pour la neuvième fois d’affilée «ville où il fait le mieux vivre au monde» dans le classement Mercer.

«Aile droite»

Électoralement, Michael Häupl a aussi marqué des points en se posant en adversaire principal du Parti de la liberté. En 2005, il obtient même la majorité absolue en renvoyant Jörg Haider dans les cordes avec un féroce : «Aucune place pour l’antisémitisme à Vienne.» En 2015, il en repasse une couche sur le nouveau leader de la formation d’extrême droite, Heinz-Christian Strache, cette fois sur la question du retour des jihadistes autrichiens : «Je ne renvoie aucun enfant de ma ville sous les canons de l’EI.» Pourtant, le XIe arrondissement tombe. Loin du cossu centre-ville, ce quartier ouvrier élit le premier maire d’arrondissement FPÖ.

D’autres circonscriptions sont menacées ; une fronde se forme au sein du personnel social-démocrate. «Les quartiers périphériques, en particulier, ne se sentaient pas assez représentés à la mairie», explique la toute nouvelle secrétaire générale de l’antenne viennoise du parti, Barbara Novak. Son chef était le meneur des «rebelles» : Michael Ludwig, aujourd’hui nouveau maire de Vienne. Après des années de conflit larvé, il s’est imposé lors d’un vote interne, contre la recommandation de Michael Häupl. Sur quelle voie va-t-il mener la centenaire «Vienne la rouge» ? Les médias locaux le présentent comme un tenant d’une «aile droite» de son parti, qui défend une ligne plus dure sur l’immigration. Un autre représentant en est Hans Niessl, qui a fait des vagues en choisissant, il y a trois ans, le Parti de la liberté comme partenaire de coalition pour gouverner une région voisine, le Burgenland.

«Alternative au relent conservateur et nationaliste»

«Personne au sein de la section viennoise ne veut entrer en coalition avec le FPÖ !» assure maintenant Barbara Novak. […]

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Quand l’extrême droite fait le ménage dans les services secrets autrichiens

Razzia sur des documents, limogeage du patron de l’office de renseignement : l’opposition s’alarme de l’offensive du nouveau ministre de l’Intérieur et «cerveau» du FPÖ, Herbert Kickl.

L’histoire est si édifiante que les sociaux-démocrates autrichiens ont obtenu, mardi, une commission d’enquête parlementaire. Et ce, seulement trois mois après la prise de fonction du gouvernement des conservateurs (Parti populaire, ÖVP) avec l’extrême droite (Parti de la liberté, FPÖ). Un record. Le ministre de l’Intérieur, Herbert Kickl, est en effet directement mis en cause après une perquisition controversée au siège des services de sécurité intérieure, au cours de laquelle des documents sensibles auraient été abusivement saisis. Alors que Kickl a assuré à la Chambre haute, jeudi, que la perquisition, ainsi que la suspension du chef de ces services, tenait de l’«impératif légal» en raison de soupçons d’abus de pouvoir, l’opposition voit dans l’intervention musclée un limogeage qui permet au FPÖ de prendre en main ces services très sensibles.

En décembre, la nomination par le chancelier conservateur, Sebastian Kurz, d’Herbert Kickl au poste de «premier flic», avait alarmé l’opposition, qui redoutait qu’il n’affaiblisse la lutte contre les activistes néonazis dans le pays. Ce rôle est justement assuré, au sein du ministère de l’Intérieur, par l’Office fédéral pour la protection de la Constitution et la lutte contre le terrorisme (BVT) – là où a eu lieu la récente razzia. Pendant cette action, une unité policière dirigée par un membre du FPÖ aurait aidé à la saisie, entre autres, de documents liés à la lutte contre l’extrême droite, sans rapport apparent avec les accusations d’abus de pouvoir.

Torpilles

Homme de l’ombre avant d’être bombardé ministre, Herbert Kickl est, depuis longtemps, présenté dans les médias comme le «cerveau du FPÖ». Le ministre de la Défense, Mario Kunasek, confirme à Libération que son collègue, en tant que secrétaire général, était «la tête stratégique, pensante et agissante de notre parti». De l’autre côté du spectre idéologique, la fascination est la même. «C’est probablement le démagogue politique le plus talentueux que l’Autriche ait connu depuis la Seconde Guerre mondiale», affirme ainsi l’auteur antifasciste Hans-Henning Scharsach.

Fines lunettes, fine silhouette, le nouveau ministre est un coureur de triathlon, capable d’avaler les 226 kilomètres du Ironman. Mais surtout, il se pose en fort en thème. Contrairement à beaucoup d’électeurs des «bleus» (FPÖ), il est allé à l’université, sans pour autant faire partie d’une corporation étudiante, à la différence de la majorité des élites de sa formation. Fils d’ouvriers de Carinthie, région montagnarde du sud du pays, c’est lors de ses études de philosophie à Vienne qu’un camarade le fait entrer à l’académie politique du parti. Johannes Berchtold, qui écrivait lui aussi un mémoire sur Hegel, se rappelle leur admiration commune pour le système de pensée dialectique – et pour le sémillant et sulfureux chef du FPÖ, Jörg Haider. Lequel remarque son jeune compatriote carinthien et lui confie la rédaction de ses discours.

Lorsque Haider fait sécession en 2005, sa plume, elle, reste et aide le nouveau chef, Heinz-Christian Strache, à sauver le FPÖ. Dans l’ombre du prothésiste dentaire, Herbert Kickl se forge une renommée de stratège. Lui-même déclare alors au quotidien Kurier, en 2012, qu’il est plus à l’aise «dans la salle des machines» que dans le rôle du capitaine du navire. Après tout, c’est là qu’on trouverait «les torpilles».

Les torpilles qu’il prépare, ce sont surtout des jeux de mots et des slogans acides et xénophobes : «Plus de courage pour notre sang viennois», contre les étrangers «qui ne sont bons pour personne».

Manœuvres

Il y a deux mois, il provoquait un premier tollé comme ministre en exprimant son vœu de loger les demandeurs d’asile dans des quartiers «de manière concentrée». […]

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«Les violences sexuelles dans le ski autrichien sont passées sous silence»

Mon entretien avec la skieuse Nicola Spiess-Werdenigg publié aujourd’hui dans Libération.

Nicola werdenigg
#metoo – Nicola Spiess-Werdenigg dénonce les abus de pouvoir dans le sport.

Fin novembre, la championne autrichienne de ski Nicola Spiess-Werdenigg, quatrième de la descente des JO d’Innsbruck en 1976, révélait dans la presse qu’un membre de son équipe l’avait violée alors qu’elle avait 16 ans. Son exemple a été suivi par plusieurs autres skieuses, qui ont témoigné depuis d’abus sexuels subis dans le circuit professionnel. Juste avant les Jeux de Pyeongchang, l’entraîneur de légende Karl «Charly» Kahr a été lui aussi mis en cause. D’autres cas de bizutage, viols et pédophilie dans les académies de sports d’hiver du pays, dont certains seraient récents, remontent également à la surface. Rencontre.

Vous témoignez d’un climat de violences sexuelles envers les skieuses autrichiennes dans les années 70. A votre connaissance, perdure-t-il aujourd’hui ?

A l’époque, ces pratiques étaient monnaie courante à cause de certains responsables. Aujourd’hui, la Fédération autrichienne de ski, ÖSV, a évolué. Pourtant le sexisme perdure. Il y a quelques semaines, le chef de la Fédération expliquait encore que les femmes ne pouvaient que difficilement occuper des postes à responsabilité dans son organisation puisque cela impliquait beaucoup de voyages, ce qui n’est pas adapté pour les mères… Les idées sont en partie restées les mêmes, ainsi que le réflexe de passer les problèmes sous silence, comme ce qui se passe dans les internats de ski, apparemment encore aujourd’hui ! [Le quotidien Der Standard rapporte que des parents ont porté plainte en novembre contre un entraîneur soupçonné d’attouchements sexuels, ndlr]. La réponse de la Fédération est de régler les affaires en interne, à sa manière patriarcale.

Comment expliquer que de tels abus puissent rester si longtemps impunis ?

Avec Peter Schröcksnadel, nous avons depuis vingt-sept ans un homme très puissant à la tête de la Fédération, un chef d’entreprise qui dispose d’un réseau établi depuis les années 80. Il considère probablement comme une grande qualité humaine de protéger les siens du scandale. Or le ski autrichien a des alliés dans la politique, l’économie et les médias. C’est un système très influent qui peut empêcher les victimes de faire carrière si elles ne jouent pas le jeu, alors que les éventuels témoins ou journalistes sont, eux, rendus dociles par des cadeaux ou des faveurs. Les abus de pouvoir sont facilités parce que tout fonctionne en système clos, avec des athlètes qui baignent dans ce milieu dès l’enfance. On retrouve de telles dynamiques dans les équipages de navires ou les internats, par exemple. Sauf que, dans les fédérations, elles se mêlent au plaisir du sport. Les sportifs sont perpétuellement à la recherche d’une validation personnelle, cela entretient leur dépendance à la figure du leader.

Est-ce une particularité autrichienne ?

En Autriche, le ski est devenu une partie de l’identité nationale dans l’après-guerre, alors que le pays n’avait pas bien fait son travail de dénazification. […]

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