Robert Menasse «La politique commune est bloquée par les égoïsmes particuliers»

Paru dans Libération, lundi.

L’écrivain Robert Menasse a rencontré en 2017 un succès international avec la Capitale. Roman autour de la Commission européenne, il offrait un pendant fictif à son engagement en faveur d’une république européenne, supranationale et ancrée dans ses régions. Pas franchement le genre de discours en vogue dans son Autriche natale, gouvernée par le chrétien-démocrate Sebastian Kurz, en coalition avec l’extrême droite.

Pourquoi les idées proeuropéennes séduisent-elles moins que l’europhobie des nationalistes ?

Le succès du nationalisme découle d’une contradiction fondamentale de l’Union européenne. Elle incarne un projet d’évolution postnationale, avec des institutions supranationales… mais la plus puissante d’entre elles reste le Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement. Des élus nationaux qui revendiquent défendre les intérêts de leur pays. Conséquence : la politique commune reste bloquée par les égoïsmes particuliers. Les crises se multiplient et les citoyens font le constat des dysfonctionnements de l’UE. Ils peuvent alors assurer : «Nous voulons au moins que nos Etats nations fonctionnent.» Précisément ce que promettent les populistes de droite et les nationalistes. En réalité, les blocages pourraient être dépassés par, non pas moins, mais davantage de prise de décision commune.

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«On essaye de monter les gens les uns contre les autres»

Aujourd’hui paraît dans Libération ma double page sur l’Autriche.

Extrait :

Ils sont régulièrement 2 000 ou 3 000 à venir scander leur slogan «résistance !» sous les fenêtres de différents ministères. Tous les jeudis soir depuis octobre, ces Viennois et Viennoises protestent contre la politique de leur gouvernement. Au fil des mois, les «manifestations du jeudi» se sont également étendues à d’autres villes autrichiennes, comme Graz ou Innsbruck. Toutes ces mobilisations peuvent paraître modestes, mais elles restent notables pour la petite et paisible république alpine. Elles sont planifiées par un collectif non-partisan auquel appartiennent quelques figures historiques des grandes manifestations qui avaient marqué le pays au tournant des années 2000. A l’époque, plusieurs centaines de milliers de personnes étaient descendues dans la rue pour dire leur opposition à la première participation de l’extrême droite au gouvernement fédéral.
Depuis un peu plus d’un an, c’est bis repetita : le Parti de la liberté est de retour à la tête de l’Autriche. Et cette fois encore, sa réapparition s’est faite au sein d’une coalition menée par les chrétiens-démocrates du Parti populaire. Même si le Parti de la liberté n’est que «junior partner» puisque sous la houlette du chancelier, le jeune chrétien-démocrate Sebastian Kurz, les organisateurs des manifestations du jeudi considèrent, à l’instar de Michaela Moser, que «tout le gouvernement vire à l’extrême droite. On le reconnaît surtout au racisme de plus en plus éclatant qui en émane». Dans les cortèges, des panneaux comme «Plus jamais ça, c’est maintenant» révèlent la peur de se retrouver confronté à des démons du passé nazi. Régulièrement, les manifestants interpellent le chancelier… qui garde, à ce sujet, un silence assourdissant. Il ignorerait sciemment le vrai et dangereux visage de son partenaire au gouvernement.
«Cerveau»
Au Parlement, la sociale-démocrate en charge des questions de mémoire, Sabine Schatz, a recours à une autre métaphore. Jeudi, elle accusait le gouvernement d’être «aveugle de l’œil droit». Allant jusqu’à considérer en substance que l’extrémisme de droite conduirait à la violence. «Il tue. L’attentat tragique de Christchurch l’a montré», dit-elle. La fusillade islamophobe en Nouvelle-Zélande a trouvé un écho inattendu en Autriche, depuis que le ministère de l’Intérieur a confirmé que le suspect néo-zélandais, Brenton Tarrant, avait séjourné en Autriche dans le cadre d’une tournée en Europe en 2018.
Le Mouvement identitaire autrichien est désormais visé par une enquête. […]

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« Die Flucht ist für viele Queere in Österreich nicht zu Ende »

augustin 1-2Im Augustin habe ich wieder zwei Seiten veröffentlicht.

« Sicheres Ankommen, sichere Räume: Was LGBTIQ+ Asylwerber_innen brauchen und wie die Community in Wien hilft. »

Es geht um Schwierigkeiten und Engagement, Queer-Feindlichkeit und die heikle Beweisführung vor der Asylbehörde… Dafür habe ich mit vielen spannenden Menschen gesprochen, einige von ihnen wurden von Carolina Frank fotografiert.

Das Heft ist aktuell bei den Augustin Verkäufer_innen zu kaufen.

Les réfugié.e.s LGBT+ résistent avec les associations face au gouvernement

J’ai écrit un reportage un peu plus long pour le pure player LGBT+ Komitid. C’est un sujet très intéressant, avec des photos de moi et de Jens Lindworsky. Un aperçu ici : www.komitid.fr/2019/01/17/

Extrait

À l’avant d’une scène installée sur un camion, Henrie Dennis lève le poing. « Non, je ne me tairai pas, crie-t-elle, car le silence est un privilège que je ne peux pas me permettre ». Les manifestant.e.s applaudissent. En ce jeudi soir, deux à trois mille personnes sont venues défiler sur le boulevard du Ring, à Vienne. Il fait froid, mais c’est un autre climat qui fait frissonner l’oratrice. Fondatrice de l’association Afro Rainbow Austria pour les migrant.e.s africain.e.s LGBT+, elle évoque un « climat de racisme et d’intolérance qui règne actuellement en Autriche » et qui lui donne le sentiment qu’il devient risqué pour elle, femme noire et lesbienne, de sortir de chez elle.

Des manifestations sont organisées toutes les semaines dans la capitale autrichienne contre le gouvernement de coalition droite-extrême droite de Sebastian Kurz, au pouvoir depuis un peu plus d’un an. Chaque jeudi, un collectif différent en définit le thème. Ce 10 janvier, Queer Base, une association LGBT+ d’aide aux réfugié.e.s, a dédié la soirée à la solidarité avec les personnes marginalisées. Les membres de la communauté LGBT+ sont venus en nombre, comme Stefan, étudiant en Arts appliqués. « Je suis venu montrer ma solidarité avec tous les réfugié.e.s », précise-t-il, « même si je me sens un peu plus proche de ceux qui sont queer». […]

En Autriche, la journée de travail de 12 heures passe mal

Des centaines de syndicalistes se sont mobilisés ce vendredi, pour fustiger la nouvelle durée maximale du travail et le gouvernement, qui met en cause le consensus social.

Métallos, techniciens, femmes de ménage… pendant douze heures, des centaines de syndicalistes de la centrale ÖGB ont crié leur mécontentement au pied du siège de la Fédération de l’industrie autrichienne, ce vendredi à Vienne. Venus de nombreux secteurs de l’économie autrichienne, ils se sont succédé au micro et aux sifflets pour se manifester au moment où les négociations salariales paritaires, branche par branche, viennent de commencer dans le pays.

Et cette scène est inhabituelle. En Autriche, employeurs et délégués du personnel se rencontrent habituellement plutôt autour d’une table. «Normalement, nous ne descendons pas tout de suite dans la rue», explique Evelyn Regner, eurodéputée social-démocrate et syndicaliste de longue date, «mais ce que le gouvernement fait actuellement, c’est une claque dans la figure. Ils détruisent le système autrichien du partenariat social».

La colère est palpable dans le pays. Depuis septembre, les patrons autrichiens peuvent demander à leur personnel de travailler jusqu’à 12 heures par jour, et 60 heures par semaine – contre 10 et 50 auparavant. Cet allongement de la durée maximale du travail résulte d’une loi de flexibilisation, avec laquelle le gouvernement du conservateur Sebastian Kurz, en coalition avec l’extrême droite du FPÖ depuis décembre, entend permettre aux entreprises de réagir plus rapidement en cas de besoin de main-d’œuvre. Problème : en juin, le gouvernement l’a décidée sans négociation préalable avec les représentants des travailleurs. Lire la suite « En Autriche, la journée de travail de 12 heures passe mal »