Quand l’extrême droite fait le ménage dans les services secrets autrichiens

Razzia sur des documents, limogeage du patron de l’office de renseignement : l’opposition s’alarme de l’offensive du nouveau ministre de l’Intérieur et «cerveau» du FPÖ, Herbert Kickl.

L’histoire est si édifiante que les sociaux-démocrates autrichiens ont obtenu, mardi, une commission d’enquête parlementaire. Et ce, seulement trois mois après la prise de fonction du gouvernement des conservateurs (Parti populaire, ÖVP) avec l’extrême droite (Parti de la liberté, FPÖ). Un record. Le ministre de l’Intérieur, Herbert Kickl, est en effet directement mis en cause après une perquisition controversée au siège des services de sécurité intérieure, au cours de laquelle des documents sensibles auraient été abusivement saisis. Alors que Kickl a assuré à la Chambre haute, jeudi, que la perquisition, ainsi que la suspension du chef de ces services, tenait de l’«impératif légal» en raison de soupçons d’abus de pouvoir, l’opposition voit dans l’intervention musclée un limogeage qui permet au FPÖ de prendre en main ces services très sensibles.

En décembre, la nomination par le chancelier conservateur, Sebastian Kurz, d’Herbert Kickl au poste de «premier flic», avait alarmé l’opposition, qui redoutait qu’il n’affaiblisse la lutte contre les activistes néonazis dans le pays. Ce rôle est justement assuré, au sein du ministère de l’Intérieur, par l’Office fédéral pour la protection de la Constitution et la lutte contre le terrorisme (BVT) – là où a eu lieu la récente razzia. Pendant cette action, une unité policière dirigée par un membre du FPÖ aurait aidé à la saisie, entre autres, de documents liés à la lutte contre l’extrême droite, sans rapport apparent avec les accusations d’abus de pouvoir.

Torpilles

Homme de l’ombre avant d’être bombardé ministre, Herbert Kickl est, depuis longtemps, présenté dans les médias comme le «cerveau du FPÖ». Le ministre de la Défense, Mario Kunasek, confirme à Libération que son collègue, en tant que secrétaire général, était «la tête stratégique, pensante et agissante de notre parti». De l’autre côté du spectre idéologique, la fascination est la même. «C’est probablement le démagogue politique le plus talentueux que l’Autriche ait connu depuis la Seconde Guerre mondiale», affirme ainsi l’auteur antifasciste Hans-Henning Scharsach.

Fines lunettes, fine silhouette, le nouveau ministre est un coureur de triathlon, capable d’avaler les 226 kilomètres du Ironman. Mais surtout, il se pose en fort en thème. Contrairement à beaucoup d’électeurs des «bleus» (FPÖ), il est allé à l’université, sans pour autant faire partie d’une corporation étudiante, à la différence de la majorité des élites de sa formation. Fils d’ouvriers de Carinthie, région montagnarde du sud du pays, c’est lors de ses études de philosophie à Vienne qu’un camarade le fait entrer à l’académie politique du parti. Johannes Berchtold, qui écrivait lui aussi un mémoire sur Hegel, se rappelle leur admiration commune pour le système de pensée dialectique – et pour le sémillant et sulfureux chef du FPÖ, Jörg Haider. Lequel remarque son jeune compatriote carinthien et lui confie la rédaction de ses discours.

Lorsque Haider fait sécession en 2005, sa plume, elle, reste et aide le nouveau chef, Heinz-Christian Strache, à sauver le FPÖ. Dans l’ombre du prothésiste dentaire, Herbert Kickl se forge une renommée de stratège. Lui-même déclare alors au quotidien Kurier, en 2012, qu’il est plus à l’aise «dans la salle des machines» que dans le rôle du capitaine du navire. Après tout, c’est là qu’on trouverait «les torpilles».

Les torpilles qu’il prépare, ce sont surtout des jeux de mots et des slogans acides et xénophobes : «Plus de courage pour notre sang viennois», contre les étrangers «qui ne sont bons pour personne».

Manœuvres

Il y a deux mois, il provoquait un premier tollé comme ministre en exprimant son vœu de loger les demandeurs d’asile dans des quartiers «de manière concentrée». […]

Lire la suite sur le site de Libération : www.liberation.fr/planete/2018/03/21/quand-l-extreme-droite-fait-le-menage-dans-les-services-secrets-autrichiens

Viennese coffee and cigarettes

L’Autriche renonce à interdire la cigarette dans les bars et restaurants. C’était un grand cheval de bataille du FPÖ pendant les pourparlers de coalition avec les conservateurs de Sebastian Kurz… Mais pourquoi ? La question de la liberté de fumer (ou celle de respirer un air sain) fait en tout cas beaucoup parler dans les cafés viennois – le sondeur Wolfgang Bachman parle même d’une « religion de substitution » pour décrire la ferveur qui s’empare de certains quand il s’agit de la réglementation du tabagisme dans l’espace public… Mon reportage d’avant-hier pour « La semaine de l’Europe » de la RTBF est à écouter ici (à partir de 50’50): www.rtbf.be/auvio/detail_la-semaine-de-l-europe?id=2300901

Autriche : tremplin gouvernemental pour l’extrême droite

Mon article de samedi.

Le FPÖ a obtenu six des treize ministères dans le gouvernement du conservateur Sebastian Kurz, qui prêtera serment lundi. Un boulevard pour se poser en parti patriote et social.

Le parti d’extrême droite FPÖ a les cartes en main pour jouer un rôle majeur au sein du prochain gouvernement autrichien, même s’il n’est que le «partenaire junior» de la coalition scellée ce week-end, sans surprise, par le conservateur autrichien Sebastian Kurz. A 31 ans, celui-ci doit devenir lundi le plus jeune chef de gouvernement en Europe.

Sur treize ministères, le FPÖ en a obtenu six. Le nouveau vice-chancelier, Heinz-Christian Strache, peut s’estimer heureux, selon le politologue viennois Laurenz Ennser-Jedenastik : «Avec la Défense et les Affaires sociales, il pourra renforcer l’image d’un parti patriotique et social», estime-t-il. Son secrétaire général, Herbert Kickl, devient en outre ministre de l’Intérieur, une grande avancée pour l’extrême droite. Quant à Norbert Hofer, qui a raté de peu l’investiture suprême l’année dernière, il pourra fourbir ses armes au stratégique ministère des Infrastructures en attendant la prochaine présidentielle.

Présidence tournante de l’UE

Autre victoire : Karin Kneissl, journaliste spécialiste du Moyen-Orient, est propulsée à la tête des Affaires étrangères. Tenu à l’écart de la diplomatie lors de sa dernière participation au gouvernement fédéral de 2000 à 2006, le parti eurosceptique peut désormais avancer ses pions sur la scène internationale. Les Affaires européennes lui ont cependant été soustraites au profit de Sebastian Kurz à la chancellerie. Une manière d’éviter tout scandale, alors que l’Autriche prendra la présidence tournante de l’Union européenne à partir de cet été.

Le parti conservateur garde également ses deux bastions traditionnels, l’Economie et l’Agriculture. Toutefois, le «candidat du renouveau» a fait appel à de nouvelles têtes. Des managers s’installent aux Finances et à l’Economie, un professeur d’université à l’Education et un ancien président de la Cour des comptes à la Justice. Pour la première fois depuis des décennies, police et armée se retrouvent aux mains du même camp politique. «C’est une grande concentration de la puissance d’Etat, note le juriste constitutionnaliste Bernd-Christian Funk, il faut faire attention à ce que le FPÖ ne militarise pas la police.»

Provocant idéologue

Le président et ancien chef des Verts, Alexander van der Bellen, ne s’est pas opposé à ce rapprochement. En revanche, il a imposé une secrétaire d’État conservatrice au nouveau ministre de l’Intérieur, le provocant idéologue du FPÖ Herbert Kickl. Karoline Edtstadler devrait en particulier garder à l’œil la lutte anti-corruption et le devoir de mémoire de l’holocauste…

Lire la suite sur le site de Libération :www.liberation.fr/planete/2017/12/17/autriche-tremplin-gouvernemental-pour-l-extreme-droite_1617179

Mais qui sont les opposants au FPÖ en Autriche ?

… mais oui, il y en a !

Une chaîne de lumière pour protéger le quartier ministériel des ministres du FPÖ.
Une chaîne de lumière pour protéger symboliquement le quartier gouvernemental des ministres du FPÖ, à la mi-novembre à Vienne.

L’Autriche est loin d’en avoir fini avec l’extrême-droite puisqu’un nouveau gouvernement associant les conservateurs de l’ÖVP et le parti FPÖ devrait être investi le 20 décembre 2017, deux mois après les législatives. Si elle n’est plus taboue, la participation d’un parti d‘extrême droite à l’exercice du pouvoir mobilise néanmoins certains opposants.

L’opposition se trouve-t-elle dans les partis politiques ? Pas vraiment. Mais où donc ? Et pourquoi ? La réponse à écouter dans « Accents d’Europe » d’hier : www.rfi.fr/emission/20171204-autriche-opposants-extreme-droite-fpo

Sebastian Kurz, du renouveau chez les conservateurs autrichiens… et à la chancellerie !

Le jeune espoir des conservateurs a devancé gauche et extrême droite avec un programme et un style nouveaux, qui le rapprochent des populistes.

«Nous avons rendu possible l’impossible!» Quoiqu’un tantinet fanfaron, le jugement rendu par Sebastian Kurz après la victoire de son parti aux législatives dimanche en Autriche énonce un fait. À un stade léthargique avancé il y a moins d’un an, l’ÖVP conservateur signe un rétablissement spectaculaire, raflant 31% des voix (+7% par rapport à 2013), selon les projections préalables au dépouillement des votes par correspondance. La formation chrétienne-démocrate a clairement distancé son partenaire actuel de gouvernement, le parti social-démocrate du chancelier Christian Kern, qui se dispute la deuxième place avec le FPÖ d’extrême droite aux alentours des 26%.

Cette victoire a un nom, celui de Sebastian Kurz. A 31 ans, le chef des conservateurs est selon toute probabilité le prochain chancelier autrichien. Il sera alors le plus jeune chef de gouvernement en Europe. Actuellement encore ministre des Affaires étrangères, il a réussi un «tour de force communicationnel», selon Laurenz Ennser-Jedenastik, politologue à l’Université de Vienne. «Il a reconnu dans la population un besoin diffus de changement et a réussi à se démarquer du travail gouvernemental de son parti», constate le chercheur. Fort de son jeune âge et d’un dépoussiérage qu’il a su imposer au lourd appareil de l’ÖVP, le ministre s’est ainsi fait élire comme candidat du renouveau à la tête d’un parti… qui siège depuis trente ans, dans diverses coalitions, au gouvernement fédéral.

Ce besoin de changement, Sebastian Kurz l’a canalisé dans l’immigration, un thème qui a dominé toute sa campagne. «C’est un thème qui mobilise particulièrement depuis la crise des réfugiés de l’automne 2015», explique la politologue carinthienne Kathrin Stainer-Hämmerle. «Le thème avait déjà été instrumentalisé auparavant par des hommes comme Jörg Haider, mais c’était pour le compte du FPÖ.» Fin de l’immigration illégale, restriction du droit d’asile, baisse des aides sociales pour les étrangers: Sebastian Kurz a été accusé de reprendre à son compte les positions de ce parti d’extrême droite, ce qui n’a pas empêché celui-ci d’effectuer un bon score.

Le bon résultat du FPÖ n’a rien d’extraordinaire en Autriche, où ce parti participe déjà à l’administration de plusieurs communes et régions. Tout porte à croire que Sebastian Kurz, peu tenté de renouveler la dysfonctionnelle «grande coalition» avec la gauche, va choisir une alliance avec l’extrême droite pour former une majorité de gouvernement. Avec l’institutionnalisation du FPÖ, une telle alliance ne créerait plus le même tollé qu’avait suscité, en 2000-2006, une première coalition de ce genre au niveau fédéral.

Sebastian Kurz porte beaucoup d’espoirs. Qu’en fera-t-il ? […]

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