«Les violences sexuelles dans le ski autrichien sont passées sous silence»

Mon entretien avec la skieuse Nicola Spiess-Werdenigg publié aujourd’hui dans Libération.

Nicola werdenigg
#metoo – Nicola Spiess-Werdenigg dénonce les abus de pouvoir dans le sport.

Fin novembre, la championne autrichienne de ski Nicola Spiess-Werdenigg, quatrième de la descente des JO d’Innsbruck en 1976, révélait dans la presse qu’un membre de son équipe l’avait violée alors qu’elle avait 16 ans. Son exemple a été suivi par plusieurs autres skieuses, qui ont témoigné depuis d’abus sexuels subis dans le circuit professionnel. Juste avant les Jeux de Pyeongchang, l’entraîneur de légende Karl «Charly» Kahr a été lui aussi mis en cause. D’autres cas de bizutage, viols et pédophilie dans les académies de sports d’hiver du pays, dont certains seraient récents, remontent également à la surface. Rencontre.

Vous témoignez d’un climat de violences sexuelles envers les skieuses autrichiennes dans les années 70. A votre connaissance, perdure-t-il aujourd’hui ?

A l’époque, ces pratiques étaient monnaie courante à cause de certains responsables. Aujourd’hui, la Fédération autrichienne de ski, ÖSV, a évolué. Pourtant le sexisme perdure. Il y a quelques semaines, le chef de la Fédération expliquait encore que les femmes ne pouvaient que difficilement occuper des postes à responsabilité dans son organisation puisque cela impliquait beaucoup de voyages, ce qui n’est pas adapté pour les mères… Les idées sont en partie restées les mêmes, ainsi que le réflexe de passer les problèmes sous silence, comme ce qui se passe dans les internats de ski, apparemment encore aujourd’hui ! [Le quotidien Der Standard rapporte que des parents ont porté plainte en novembre contre un entraîneur soupçonné d’attouchements sexuels, ndlr]. La réponse de la Fédération est de régler les affaires en interne, à sa manière patriarcale.

Comment expliquer que de tels abus puissent rester si longtemps impunis ?

Avec Peter Schröcksnadel, nous avons depuis vingt-sept ans un homme très puissant à la tête de la Fédération, un chef d’entreprise qui dispose d’un réseau établi depuis les années 80. Il considère probablement comme une grande qualité humaine de protéger les siens du scandale. Or le ski autrichien a des alliés dans la politique, l’économie et les médias. C’est un système très influent qui peut empêcher les victimes de faire carrière si elles ne jouent pas le jeu, alors que les éventuels témoins ou journalistes sont, eux, rendus dociles par des cadeaux ou des faveurs. Les abus de pouvoir sont facilités parce que tout fonctionne en système clos, avec des athlètes qui baignent dans ce milieu dès l’enfance. On retrouve de telles dynamiques dans les équipages de navires ou les internats, par exemple. Sauf que, dans les fédérations, elles se mêlent au plaisir du sport. Les sportifs sont perpétuellement à la recherche d’une validation personnelle, cela entretient leur dépendance à la figure du leader.

Est-ce une particularité autrichienne ?

En Autriche, le ski est devenu une partie de l’identité nationale dans l’après-guerre, alors que le pays n’avait pas bien fait son travail de dénazification. […]

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Une star de la politique autrichienne tombe pour agression sexuelle

Après le Royaume-Uni, la libération de la parole de femmes vient chambouler la politique autrichienne. Le député star Peter Pilz a annoncé samedi qu’il renonçait à son mandat suite à la révélation de deux cas de harcèlement sexuel. Cet été, il avait fait sécession des Verts, avec qui il siégeait depuis trente ans. Sa «Liste Pilz», d’un populisme de gauche au programme flou, a fait son entrée au parlement autrichien à la suite des législatives anticipées il y a tout juste trois semaines.

Il y a quelques jours, deux journaux éventaient les accusations d’une militante écologiste concernant des attouchements dont se serait rendu coupable Peter Pilz à plusieurs reprises, lorsqu’il était encore membre de ce parti. Puis, samedi, une autre jeune femme témoignait dans l’hebdomadaire viennois Falter. Lors d’un important forum européen à Alpbach, Peter Pilz, ivre, l’aurait caressée de force. «Ses mains se baladaient partout», a-t-elle raconté. Elle se serait libérée avec l’aide de deux autres participants. Le témoignage de ces deux hommes, que l’hebdomadaire assure avoir recueilli, aura décidé Peter Pilz à tirer les conséquences de ces actes, dont il affirme cependant n’avoir aucun souvenir.

#meToo

L’homme politique de 63 ans a tout de même tenté d’expliquer son comportement par son «style de vie» peu soucieux du «politiquement correct» et par la «culture politique» de sa génération, tout en appelant les «hommes mûrs et puissants», comme lui, à apprendre de leurs erreurs. Ce repentir bancal ne convainc pas Shifteh Hashemi de l’initiative féministe Frauenvolksbegehren, mais elle se réjouit néanmoins de constater une libération de la parole au sujet du harcèlement quotidien, en particulier grâce à la campagne #meToo sur les réseaux sociaux.

Sonja Ablinger, secrétaire générale de la confédération d’associations Österreichischer Frauenring, confirme ce changement d’atmosphère. «#meToo et son pendant germanophone #Aufschrei ont donné le courage aux femmes d’appeler les agressions par leur nom, constate-t-elle. Elles brisent le tabou parce qu’elles savent qu’elles trouveront un soutien.»

Vestiges de la gauche de la gauche

Qu’adviendra-t-il du groupe parlementaire de Peter Pilz ? Ce groupe de sept membres, encore appelé «Pilz», est le dernier vestige de la gauche de la gauche dans l’hémicycle viennois. […]

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