Viennese coffee and cigarettes

L’Autriche renonce à interdire la cigarette dans les bars et restaurants. C’était un grand cheval de bataille du FPÖ pendant les pourparlers de coalition avec les conservateurs de Sebastian Kurz… Mais pourquoi ? La question de la liberté de fumer (ou celle de respirer un air sain) fait en tout cas beaucoup parler dans les cafés viennois – le sondeur Wolfgang Bachman parle même d’une « religion de substitution » pour décrire la ferveur qui s’empare de certains quand il s’agit de la réglementation du tabagisme dans l’espace public… Mon reportage d’avant-hier pour « La semaine de l’Europe » de la RTBF est à écouter ici (à partir de 50’50): www.rtbf.be/auvio/detail_la-semaine-de-l-europe?id=2300901

Mauvaise nouvelle pour les étudiants autrichiens qui travaillent

Hannah Lutz devant l'Université de Vienne
La représentante des étudiants Hannah Lutz, devant l’Université de Vienne

Les étudiants qui travaillent à côté de leur formation sont très nombreux en Autriche. Ils sont actuellement dispensés de frais d’inscription à la faculté, mais cette exception est actuellement remise en cause. Changement bienvenu pour l’enseignement supérieur ou injustice ? C’est en tout cas un enjeu politique.

Mon reportage avec des représentants étudiants qui se préparent aux barricades et le directeur général à l’enseignement supérieur qui veut faire changer les mœurs estudiantines, c’est ici, dans « Accents d’Europe » (à partir de 4’45) : www.rfi.fr/emission/20180111

 

Autriche : tremplin gouvernemental pour l’extrême droite

Mon article de samedi.

Le FPÖ a obtenu six des treize ministères dans le gouvernement du conservateur Sebastian Kurz, qui prêtera serment lundi. Un boulevard pour se poser en parti patriote et social.

Le parti d’extrême droite FPÖ a les cartes en main pour jouer un rôle majeur au sein du prochain gouvernement autrichien, même s’il n’est que le «partenaire junior» de la coalition scellée ce week-end, sans surprise, par le conservateur autrichien Sebastian Kurz. A 31 ans, celui-ci doit devenir lundi le plus jeune chef de gouvernement en Europe.

Sur treize ministères, le FPÖ en a obtenu six. Le nouveau vice-chancelier, Heinz-Christian Strache, peut s’estimer heureux, selon le politologue viennois Laurenz Ennser-Jedenastik : «Avec la Défense et les Affaires sociales, il pourra renforcer l’image d’un parti patriotique et social», estime-t-il. Son secrétaire général, Herbert Kickl, devient en outre ministre de l’Intérieur, une grande avancée pour l’extrême droite. Quant à Norbert Hofer, qui a raté de peu l’investiture suprême l’année dernière, il pourra fourbir ses armes au stratégique ministère des Infrastructures en attendant la prochaine présidentielle.

Présidence tournante de l’UE

Autre victoire : Karin Kneissl, journaliste spécialiste du Moyen-Orient, est propulsée à la tête des Affaires étrangères. Tenu à l’écart de la diplomatie lors de sa dernière participation au gouvernement fédéral de 2000 à 2006, le parti eurosceptique peut désormais avancer ses pions sur la scène internationale. Les Affaires européennes lui ont cependant été soustraites au profit de Sebastian Kurz à la chancellerie. Une manière d’éviter tout scandale, alors que l’Autriche prendra la présidence tournante de l’Union européenne à partir de cet été.

Le parti conservateur garde également ses deux bastions traditionnels, l’Economie et l’Agriculture. Toutefois, le «candidat du renouveau» a fait appel à de nouvelles têtes. Des managers s’installent aux Finances et à l’Economie, un professeur d’université à l’Education et un ancien président de la Cour des comptes à la Justice. Pour la première fois depuis des décennies, police et armée se retrouvent aux mains du même camp politique. «C’est une grande concentration de la puissance d’Etat, note le juriste constitutionnaliste Bernd-Christian Funk, il faut faire attention à ce que le FPÖ ne militarise pas la police.»

Provocant idéologue

Le président et ancien chef des Verts, Alexander van der Bellen, ne s’est pas opposé à ce rapprochement. En revanche, il a imposé une secrétaire d’État conservatrice au nouveau ministre de l’Intérieur, le provocant idéologue du FPÖ Herbert Kickl. Karoline Edtstadler devrait en particulier garder à l’œil la lutte anti-corruption et le devoir de mémoire de l’holocauste…

Lire la suite sur le site de Libération :www.liberation.fr/planete/2017/12/17/autriche-tremplin-gouvernemental-pour-l-extreme-droite_1617179

Des voix d’émigrés juifs de retour en Autriche

Philipp Rohrbach et Adina Seeger,  Austrian Heritage Archive
Les historiens Philipp Rohrbach et Adina Seeger, à l’Institut Wiesenthal d’études sur la Shoah (le bureau sur la photo a d’ailleurs appartenu au « chasseur de nazis » Simon Wiesenthal)

Depuis 20 ans, de jeunes Autrichiens ont réalisé aux États-Unis et en Israël de longues interviews avec des émigrés juifs qui ont quitté l’Autriche avant la seconde guerre mondiale pour fuir les persécutions nazies. Ils sont parmi les derniers témoins du génocide. Deux historiens viennois ont maintenant entrepris de rendre ces témoignages accessibles à tous, en anglais et en allemand, sur le site austrianheritagearchive.at.

Ce projet de mémoire n’est pas sans actualité, alors que la question des réfugiés syriens libère des paroles racistes et que le FPÖ, un parti dont les membres se sont fait remarquer par des sorties négationnistes par le passé, est en passe d’entrer au gouvernement.

À écouter sur le site d’Accents d’Europe dans l’émission d’hier (à partir de 11’30) : www.rfi.fr/emission/20171212-insectes-nourriture-lutte-rechauffement-climatique-finlande-magasins-restaurants

«La vision américaine d’un Far West numérique où tout serait permis recule»

Max Schrems à VienneMon entretien avec Max Schrems sur le thème des droits numérique et de la vie privée sur Internet. Pour, éventuellement, faire un don : noyb.eu

Max Schrems s’est fait connaître en Europe en menant un combat juridique contre Facebook, alors qu’il n’était encore qu’un étudiant en droit. En 2015, il obtenait l’invalidation par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) de l’accord-cadre dit «Safe Harbor», qui protégeait insuffisamment les données personnelles des Européens transférées aux Etats-Unis. Le militant autrichien a récemment annoncé le lancement d’une organisation non-gouvernementale : son «Centre européen pour les droits numériques» porte le petit nom de «Noyb», pour «None of Your Business» («ça ne vous regarde pas»), et veut devenir un outil à la disposition des citoyens pour faire respecter leur droit à la vie privée.

Après avoir mené seul ou presque votre bataille contre Facebook, pourquoi fonder une organisation ?

Le droit à la protection des données personnelles est un droit fondamental : le huitième dans la Charte européenne des droits fondamentaux. Mais personne ne s’occupe de veiller à son application. On ne peut pourtant pas laisser ce soin à un étudiant sur son temps libre ! Ces deux dernières années, j’ai fait le tour des associations en leur demandant de reprendre le flambeau. Mais la plupart de celles qui sont actives dans le domaine numérique, comme la Quadrature du Net en France, s’occupent plutôt des atteintes à la vie privée commises par les Etats. De l’autre côté, les associations qui s’occupent des atteintes aux droits des consommateurs sont dépassées par ces questions trop techniques. Il y a donc un manque, d’autant que c’est un combat qui doit se mener non au plan national mais à l’échelon européen. Pour combler ce manque, je lance Noyb avec deux autres Autrichiens, un expert de la protection des données, Christof Tschohl, et une avocate spécialiste des droits des consommateurs, Petra Leupold. Le siège de l’association sera à Vienne, mais l’équipe sera européenne.

Comment une ONG débutante pourra-t-elle tenir tête à des géants comme Facebook ou Google ?

Selon le principe du tout ou rien, nous ne lancerons Noyb que si nous parvenons à récolter 250 000 euros en promesses de dons d’ici fin janvier. Impossible de tenir tête à des multinationales avec moins ! S’il y a, dans toute l’Europe, ne serait-ce que 5 000 personnes qui nous soutiennent à hauteur de cinq euros par mois – le prix d’un café ! –, alors nous atteindrons notre objectif. Dans l’idéal, nous voulons engager deux experts techniques et deux juristes. Le but est d’amener nos premiers cas devant les tribunaux dès le 25 mai 2018, le jour où le nouveau règlement européen sur la protection des données entrera en vigueur.

Ce règlement permet-il vraiment un changement radical ?

On voit qu’il en va de la révolution numérique comme de la révolution industrielle : à l’époque, il a fallu définir de nouvelles règles, comme les droits des salariés ou le droit de bail. Aujourd’hui, nous devons réfléchir à ce que serait une utilisation juste des données. Jusqu’ici, le problème relève de ce qu’on appelle un «droit mou» : les lois existent, mais elles ne sont pas appliquées. […]

Lire la suite sur le site de Libération : www.liberation.fr/planete/2017/12/10/la-vision-americaine-d-un-far-west-numerique-ou-tout-serait-permis-recule_1614910