La justice sous pression

Sabine Matejka
Sabine Matejka, présidente de l’Association des juges d’Autriche

Si ces attaques, ces tentatives de discréditer l’État de droit, se multiplient encore, alors celui-ci sera vraiment en danger, parce que cela modifie la perception qu’a la population de l’État de droit et de ses institutions » – Sabine Matejka

Le ministre de l’Intérieur autrichien, Herbert Kickl, idéologue du parti de la liberté, le parti d’extrême droite a créé la frayeur parmi les juges. Dans une interview récente sur les droits de l’homme et les migrants, il affirmait que « c’est au droit de suivre la politique, et non à la politique de suivre le droit« . Une déclaration inquiétante, alors que la justice autrichienne revendique son indépendance, même si elle manque de moyens. Mon reportage diffusé hier par « Accents d’Europe » sur RFI :  www.rfi.fr/emission/20190313

En Autriche, la journée de travail de 12 heures passe mal

Des centaines de syndicalistes se sont mobilisés ce vendredi, pour fustiger la nouvelle durée maximale du travail et le gouvernement, qui met en cause le consensus social.

Métallos, techniciens, femmes de ménage… pendant douze heures, des centaines de syndicalistes de la centrale ÖGB ont crié leur mécontentement au pied du siège de la Fédération de l’industrie autrichienne, ce vendredi à Vienne. Venus de nombreux secteurs de l’économie autrichienne, ils se sont succédé au micro et aux sifflets pour se manifester au moment où les négociations salariales paritaires, branche par branche, viennent de commencer dans le pays.

Et cette scène est inhabituelle. En Autriche, employeurs et délégués du personnel se rencontrent habituellement plutôt autour d’une table. «Normalement, nous ne descendons pas tout de suite dans la rue», explique Evelyn Regner, eurodéputée social-démocrate et syndicaliste de longue date, «mais ce que le gouvernement fait actuellement, c’est une claque dans la figure. Ils détruisent le système autrichien du partenariat social».

La colère est palpable dans le pays. Depuis septembre, les patrons autrichiens peuvent demander à leur personnel de travailler jusqu’à 12 heures par jour, et 60 heures par semaine – contre 10 et 50 auparavant. Cet allongement de la durée maximale du travail résulte d’une loi de flexibilisation, avec laquelle le gouvernement du conservateur Sebastian Kurz, en coalition avec l’extrême droite du FPÖ depuis décembre, entend permettre aux entreprises de réagir plus rapidement en cas de besoin de main-d’œuvre. Problème : en juin, le gouvernement l’a décidée sans négociation préalable avec les représentants des travailleurs. Lire la suite « En Autriche, la journée de travail de 12 heures passe mal »

Les idées d’extrême droite continuent de percer dans le gouvernement

Protection des frontières et coopération avec les pays africains : en marge du sommet européen de Salzbourg mercredi soir (19.09), l’hôte des Vingt-Huit, le chancelier autrichien, Sebastian Kurz, se vantait devant la presse d’avoir imposé en Europe ses positions en matière de migration. Des positions «qui étaient encore perçues comme de droite radicale il y a trois ans». Depuis décembre, le jeune chancelier conservateur gouverne la coalition avec le FPÖ et, dans bien des domaines, il a bel et bien laissé ce parti d’extrême droite fondé par des ex-nazis imprimer sa marque à l’Autriche. Petit passage en revue des mesures les plus emblématiques pour Libération, la semaine dernière : www.liberation.fr/planete/2018/09/20/autriche-les-idees-d-extreme-droite-continuent-de-percer-dans-le-gouvernement_1680081

L’Autriche poursuit sa croisade juridique contre le nucléaire en Europe

Le gouvernement a décidé de faire appel contre une décision de la CJUE autorisant des subventions publiques à l’EPR britannique de Hinkley Point.

«A peine de retour de son congé maternité, la ministre du Développement durable, Elisabeth Köstinger, déclare à nouveau la guerre au lobby de l’atome.» Le Kronen Zeitung, principal quotidien du pays, a mis les pieds dans le plat en annonçant, mardi, que le gouvernement autrichien allait faire appel, devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), d’un jugement ayant autorisé des subventions publiques du gouvernement britannique pour la centrale nucléaire d’Hinkley Point.

Une ministre contre un lobby, le nucléaire tant détesté en Autriche… voilà des ingrédients qui plaisent à la Kronen Zeitung, tabloïd populiste et populaire. Ils pourraient aussi rapporter des points de popularité au gouvernement du conservateur Sebastian Kurz, qui dirige en coalition avec l’extrême droite depuis décembre dernier.

Le conseil des ministres autrichiens doit décider ce mercredi de faire appel, avec le soutien du Luxembourg. En juillet dernier, la CJUE avait rejeté une plainte soumise par Vienne en 2015, à l’époque sous une coalition centriste. Certes, une injection d’argent public à Hinkley Point introduit bien une distorsion sur le marché énergétique européen, avaient expliqué les juges, mais de telles subventions peuvent être autorisées, dans certains cas exceptionnels. Le traité Euratom de 1957, un des textes fondateurs de l’Union, fait du domaine atomique l’une de ces exceptions.

Antinucléarisme

L’Autriche ne veut pourtant pas abandonner le combat juridique contre le nucléaire en Europe, qu’elle mène sur plusieurs fronts. En mars dernier, Vienne a également déposé une autre plainte, cette fois concernant les réacteurs de Paks, dans la Hongrie voisine. Cette procédure met en cause l’attribution du marché au groupe russe Rosatom, jugée peu transparente. Par ailleurs, cet été, les Länder de Vienne, de la Haute et de la Basse-Autriche se sont dit prêts à intenter d’autres actions, contre un autre réacteur proche du territoire autrichien, à Dukovany, en République tchèque.

De gauche comme de droite, voire d’extrême droite, pas un parti politique autrichien ne défend l’énergie atomique. L’antinucléarisme fait en effet l’objet d’un large consensus dans le pays. Depuis 1978, ce type d’énergie y est de facto interdit. Cette année-là, un référendum empêchait la mise en service de la centrale atomique de Zwentendorf, qui aurait été la première sur le territoire autrichien.

Ce référendum est entré dans la légende nationale. Pourtant, relève Florian Bayer, doctorant en sciences sociales de l’université de Vienne, le basculement définitif de l’opinion a eu lieu plus tard et avec l’aide de la politique. […]

Lire la suite sur le site de Libération : www.liberation.fr/planete/2018/09/05/l-autriche-poursuit-sa-croisade-juridique-contre-le-nucleaire-en-europe_1676553

 

Contestation contre la journée de 12 heures

Depuis le 1er septembre, il est légal pour un employeur en Autriche de demander à ses employés de travailler 12 heures par jour, de manière ponctuelle, payée en heures supplémentaires. Jusqu’à présent, cette « durée maximale » du travail était limitée à 10 heures par jour, mais le gouvernement du conservateur Sebastian Kurz avec l’extrême droite du FPÖ a passé une nouvelle loi. Ce faisant, il s’est retrouvé confronté au plus grand mouvement de contestation depuis son élection. Même dans la majorité, le style du gouvernement ne plaît pas à tout le monde. Mon reportage dans « Accents d’Europe » sur RFI (début de l’émission) : www.rfi.fr/emission/20180905

Prestations sociales en baisse pour les étrangers en Autriche

« En plein débat européen sur les migrants, l’Autriche joue à nouveau les trublions. La coalition au pouvoir, qui rassemble les conservateurs et l’extrême droite sous la houlette de Sebastian Kurz a, en effet, décidé de revoir les règles de la protection sociale minimale. Autrichiens et étrangers ne sont plus traités de la même façon. Ces derniers ne peuvent plus prétendre à rien avant d’avoir passé cinq ans sur le territoire, et la maîtrise de l’allemand conditionne le montant des prestations. » Mon reportage, à la rencontre d’une mère célibataire qui applaudit à la réforme, a été diffusé hier. Il est disponible pour une réécoute sur le site d’Accents d’Europe : www.rfi.fr/emission/20180619-autriche-etrangers-prestations-sociales-migrants-suisse-turquie-lituanie-portugal

Michael Häupl, un monument de moins à Vienne

Le maire historique de la ville prend sa retraite après vingt-quatre ans et son départ pose au parti social-démocrate autrichien la délicate question de la direction à prendre face au succès de l’extrême droite.

«Qu’on apporte le Spritz au vin blanc !» Après vingt-quatre ans à ce poste, le maire de Vienne, Michael Häupl, part à la retraite. Peut-être prononcera-t-il encore ce qui passe pour être sa phrase préférée, pour les fans. Appétit, humour bon enfant et répliques abrasives, il remballe l’attirail qui l’a élevé au rang d’icône et passe le flambeau, aujourd’hui, à un autre social-démocrate, Michael Ludwig. Vienne, dirigé par la gauche en coalition avec les Verts, reste un bastion de la résistance au gouvernement du conservateur Sebastian Kurz, en coalition, lui, avec l’extrême droite du Parti de la liberté (FPÖ). Mais la ville perd aujourd’hui un monument.

Le 1er mai, une centaine de milliers de camarades ont fêté la social-démocratie, qui règne sur la ville depuis un siècle (à l’exception des années fascistes). Peut-être par nostalgie, ils étaient plus nombreux que ces dernières années. Certains et certaines arboraient une moustache grise factice, dernier hommage au chef sur le départ. «Pour les Viennois, Michael Häupl est devenu cool», explique Eva Zeglowits. Selon cette politologue spécialiste du comportement électoral, «il est perçu comme proche du peuple, sans être rétrograde», à la différence de beaucoup de ses collègues autrichiens qui écument les kermesses en habit traditionnel. «Avec Häupl, Vienne est devenu plus urbain», récapitule de son côté le conseiller municipal en charge de la culture, Andreas Mailath-Pokorny, qui fait lui aussi ses bagages, après dix-sept ans de service. «Ce n’est plus une ville-musée, mais une capitale de la culture contemporaine, avec une vie étudiante et scientifique», se rengorge-t-il. Couronnement de l’ère Häupl, sa cité a été désignée pour la neuvième fois d’affilée «ville où il fait le mieux vivre au monde» dans le classement Mercer.

«Aile droite»

Électoralement, Michael Häupl a aussi marqué des points en se posant en adversaire principal du Parti de la liberté. En 2005, il obtient même la majorité absolue en renvoyant Jörg Haider dans les cordes avec un féroce : «Aucune place pour l’antisémitisme à Vienne.» En 2015, il en repasse une couche sur le nouveau leader de la formation d’extrême droite, Heinz-Christian Strache, cette fois sur la question du retour des jihadistes autrichiens : «Je ne renvoie aucun enfant de ma ville sous les canons de l’EI.» Pourtant, le XIe arrondissement tombe. Loin du cossu centre-ville, ce quartier ouvrier élit le premier maire d’arrondissement FPÖ.

D’autres circonscriptions sont menacées ; une fronde se forme au sein du personnel social-démocrate. «Les quartiers périphériques, en particulier, ne se sentaient pas assez représentés à la mairie», explique la toute nouvelle secrétaire générale de l’antenne viennoise du parti, Barbara Novak. Son chef était le meneur des «rebelles» : Michael Ludwig, aujourd’hui nouveau maire de Vienne. Après des années de conflit larvé, il s’est imposé lors d’un vote interne, contre la recommandation de Michael Häupl. Sur quelle voie va-t-il mener la centenaire «Vienne la rouge» ? Les médias locaux le présentent comme un tenant d’une «aile droite» de son parti, qui défend une ligne plus dure sur l’immigration. Un autre représentant en est Hans Niessl, qui a fait des vagues en choisissant, il y a trois ans, le Parti de la liberté comme partenaire de coalition pour gouverner une région voisine, le Burgenland.

«Alternative au relent conservateur et nationaliste»

«Personne au sein de la section viennoise ne veut entrer en coalition avec le FPÖ !» assure maintenant Barbara Novak. […]

Lire la suite sur le site du journal Libération : www.liberation.fr/planete/2018/05/23/michael-haupl-un-monument-de-moins-a-vienne_1652028