Protection des frontières et coopération avec les pays africains : en marge du sommet européen de Salzbourg mercredi soir (19.09), l’hôte des Vingt-Huit, le chancelier autrichien, Sebastian Kurz, se vantait devant la presse d’avoir imposé en Europe ses positions en matière de migration. Des positions «qui étaient encore perçues comme de droite radicale il y a trois ans». Depuis décembre, le jeune chancelier conservateur gouverne la coalition avec le FPÖ et, dans bien des domaines, il a bel et bien laissé ce parti d’extrême droite fondé par des ex-nazis imprimer sa marque à l’Autriche. Petit passage en revue des mesures les plus emblématiques pour Libération, la semaine dernière : www.liberation.fr/planete/2018/09/20/autriche-les-idees-d-extreme-droite-continuent-de-percer-dans-le-gouvernement_1680081
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L’Autriche poursuit sa croisade juridique contre le nucléaire en Europe
Le gouvernement a décidé de faire appel contre une décision de la CJUE autorisant des subventions publiques à l’EPR britannique de Hinkley Point.
«A peine de retour de son congé maternité, la ministre du Développement durable, Elisabeth Köstinger, déclare à nouveau la guerre au lobby de l’atome.» Le Kronen Zeitung, principal quotidien du pays, a mis les pieds dans le plat en annonçant, mardi, que le gouvernement autrichien allait faire appel, devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), d’un jugement ayant autorisé des subventions publiques du gouvernement britannique pour la centrale nucléaire d’Hinkley Point.
Une ministre contre un lobby, le nucléaire tant détesté en Autriche… voilà des ingrédients qui plaisent à la Kronen Zeitung, tabloïd populiste et populaire. Ils pourraient aussi rapporter des points de popularité au gouvernement du conservateur Sebastian Kurz, qui dirige en coalition avec l’extrême droite depuis décembre dernier.
Le conseil des ministres autrichiens doit décider ce mercredi de faire appel, avec le soutien du Luxembourg. En juillet dernier, la CJUE avait rejeté une plainte soumise par Vienne en 2015, à l’époque sous une coalition centriste. Certes, une injection d’argent public à Hinkley Point introduit bien une distorsion sur le marché énergétique européen, avaient expliqué les juges, mais de telles subventions peuvent être autorisées, dans certains cas exceptionnels. Le traité Euratom de 1957, un des textes fondateurs de l’Union, fait du domaine atomique l’une de ces exceptions.
Antinucléarisme
L’Autriche ne veut pourtant pas abandonner le combat juridique contre le nucléaire en Europe, qu’elle mène sur plusieurs fronts. En mars dernier, Vienne a également déposé une autre plainte, cette fois concernant les réacteurs de Paks, dans la Hongrie voisine. Cette procédure met en cause l’attribution du marché au groupe russe Rosatom, jugée peu transparente. Par ailleurs, cet été, les Länder de Vienne, de la Haute et de la Basse-Autriche se sont dit prêts à intenter d’autres actions, contre un autre réacteur proche du territoire autrichien, à Dukovany, en République tchèque.
De gauche comme de droite, voire d’extrême droite, pas un parti politique autrichien ne défend l’énergie atomique. L’antinucléarisme fait en effet l’objet d’un large consensus dans le pays. Depuis 1978, ce type d’énergie y est de facto interdit. Cette année-là, un référendum empêchait la mise en service de la centrale atomique de Zwentendorf, qui aurait été la première sur le territoire autrichien.
Ce référendum est entré dans la légende nationale. Pourtant, relève Florian Bayer, doctorant en sciences sociales de l’université de Vienne, le basculement définitif de l’opinion a eu lieu plus tard et avec l’aide de la politique. […]
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Contestation contre la journée de 12 heures
Depuis le 1er septembre, il est légal pour un employeur en Autriche de demander à ses employés de travailler 12 heures par jour, de manière ponctuelle, payée en heures supplémentaires. Jusqu’à présent, cette « durée maximale » du travail était limitée à 10 heures par jour, mais le gouvernement du conservateur Sebastian Kurz avec l’extrême droite du FPÖ a passé une nouvelle loi. Ce faisant, il s’est retrouvé confronté au plus grand mouvement de contestation depuis son élection. Même dans la majorité, le style du gouvernement ne plaît pas à tout le monde. Mon reportage dans « Accents d’Europe » sur RFI (début de l’émission) : www.rfi.fr/emission/20180905
Prestations sociales en baisse pour les étrangers en Autriche
« En plein débat européen sur les migrants, l’Autriche joue à nouveau les trublions. La coalition au pouvoir, qui rassemble les conservateurs et l’extrême droite sous la houlette de Sebastian Kurz a, en effet, décidé de revoir les règles de la protection sociale minimale. Autrichiens et étrangers ne sont plus traités de la même façon. Ces derniers ne peuvent plus prétendre à rien avant d’avoir passé cinq ans sur le territoire, et la maîtrise de l’allemand conditionne le montant des prestations. » Mon reportage, à la rencontre d’une mère célibataire qui applaudit à la réforme, a été diffusé hier. Il est disponible pour une réécoute sur le site d’Accents d’Europe : www.rfi.fr/emission/20180619-autriche-etrangers-prestations-sociales-migrants-suisse-turquie-lituanie-portugal
Michael Häupl, un monument de moins à Vienne
Le maire historique de la ville prend sa retraite après vingt-quatre ans et son départ pose au parti social-démocrate autrichien la délicate question de la direction à prendre face au succès de l’extrême droite.
«Qu’on apporte le Spritz au vin blanc !» Après vingt-quatre ans à ce poste, le maire de Vienne, Michael Häupl, part à la retraite. Peut-être prononcera-t-il encore ce qui passe pour être sa phrase préférée, pour les fans. Appétit, humour bon enfant et répliques abrasives, il remballe l’attirail qui l’a élevé au rang d’icône et passe le flambeau, aujourd’hui, à un autre social-démocrate, Michael Ludwig. Vienne, dirigé par la gauche en coalition avec les Verts, reste un bastion de la résistance au gouvernement du conservateur Sebastian Kurz, en coalition, lui, avec l’extrême droite du Parti de la liberté (FPÖ). Mais la ville perd aujourd’hui un monument.
Le 1er mai, une centaine de milliers de camarades ont fêté la social-démocratie, qui règne sur la ville depuis un siècle (à l’exception des années fascistes). Peut-être par nostalgie, ils étaient plus nombreux que ces dernières années. Certains et certaines arboraient une moustache grise factice, dernier hommage au chef sur le départ. «Pour les Viennois, Michael Häupl est devenu cool», explique Eva Zeglowits. Selon cette politologue spécialiste du comportement électoral, «il est perçu comme proche du peuple, sans être rétrograde», à la différence de beaucoup de ses collègues autrichiens qui écument les kermesses en habit traditionnel. «Avec Häupl, Vienne est devenu plus urbain», récapitule de son côté le conseiller municipal en charge de la culture, Andreas Mailath-Pokorny, qui fait lui aussi ses bagages, après dix-sept ans de service. «Ce n’est plus une ville-musée, mais une capitale de la culture contemporaine, avec une vie étudiante et scientifique», se rengorge-t-il. Couronnement de l’ère Häupl, sa cité a été désignée pour la neuvième fois d’affilée «ville où il fait le mieux vivre au monde» dans le classement Mercer.
«Aile droite»
Électoralement, Michael Häupl a aussi marqué des points en se posant en adversaire principal du Parti de la liberté. En 2005, il obtient même la majorité absolue en renvoyant Jörg Haider dans les cordes avec un féroce : «Aucune place pour l’antisémitisme à Vienne.» En 2015, il en repasse une couche sur le nouveau leader de la formation d’extrême droite, Heinz-Christian Strache, cette fois sur la question du retour des jihadistes autrichiens : «Je ne renvoie aucun enfant de ma ville sous les canons de l’EI.» Pourtant, le XIe arrondissement tombe. Loin du cossu centre-ville, ce quartier ouvrier élit le premier maire d’arrondissement FPÖ.
D’autres circonscriptions sont menacées ; une fronde se forme au sein du personnel social-démocrate. «Les quartiers périphériques, en particulier, ne se sentaient pas assez représentés à la mairie», explique la toute nouvelle secrétaire générale de l’antenne viennoise du parti, Barbara Novak. Son chef était le meneur des «rebelles» : Michael Ludwig, aujourd’hui nouveau maire de Vienne. Après des années de conflit larvé, il s’est imposé lors d’un vote interne, contre la recommandation de Michael Häupl. Sur quelle voie va-t-il mener la centenaire «Vienne la rouge» ? Les médias locaux le présentent comme un tenant d’une «aile droite» de son parti, qui défend une ligne plus dure sur l’immigration. Un autre représentant en est Hans Niessl, qui a fait des vagues en choisissant, il y a trois ans, le Parti de la liberté comme partenaire de coalition pour gouverner une région voisine, le Burgenland.
«Alternative au relent conservateur et nationaliste»
«Personne au sein de la section viennoise ne veut entrer en coalition avec le FPÖ !» assure maintenant Barbara Novak. […]
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