Comment l’Autriche est-elle devenue championne du monde du bio ?

Pour se détendre un peu après tous ces rebondissements politiques, un point sur le modèle agricole autrichien. Avec près d’un quart des cultures faites en bio, le pays domine le top mondial. Comment, pourquoi, depuis quand ? J’expliquais tout ça lundi dernier dans Libé.

Du boudin, bio. Une part de poêlée de pommes-de-terre, bio. Un schnaps, bio, bien sûr.

Les commandes s‘enchaînent à la petite échoppe sur le marché de la Freyung, au centre de Vienne, en Autriche. Le patron, une figure locale qui ne se présente que par son prénom, Hermann, est issu d’une lignée d’agriculteurs biologiques qui remonte à ses arrières-grands-parents.

«Nous avons une petite exploitation dans les Pré-Alpes. Ce n’est pas possible pour nous de nous agrandir, alors on mise sur le fait d’être petits, mais honnêtes», explique-t-il avec un clin d’œil. Lire la suite « Comment l’Autriche est-elle devenue championne du monde du bio ? »

La démission du vice-chancelier et ses suites

Samedi, le vice-chancelier autrichien, Heinz-Christian Strache, a démissionné. Il a également renoncé à la direction de sa formation politique, le FPÖ, ou Parti de la liberté, d’extrême droite. En cause : une vidéo, tournée en 2017 mais parue la veille, qui le montre en train de faire miroiter des contrats publics à une supposée oligarque russe, en échange d’un financement pour sa campagne. Dans la soirée, le chancelier conservateur, Sebastian Kurz, annonçait la fin de sa coalition avec le FPÖ et l’organisation d’élections anticipées. Tout au long de la journée de samedi, des milliers d’opposants au gouvernement se sont rassemblés à Vienne pour suivre ensemble les différentes annonces.

Manif devant la chancellerie

Samedi, j’écrivais un reportage : www.liberation.fr/planete/2019/05/18/demission-du-vice-chancelier-autrichien-le-fpo-a-implose_1727992

Dimanche, un point sur la suite des événements : www.liberation.fr/planete/2019/05/19/en-autriche-l-extreme-droite-valse-le-chancelier-vacille_1728147

Quant à l’ambiance qui régnait à Vienne dans cette passionnante journée de samedi, vous pourrez l’entendre cet après-midi dans Accents d’Europe sur RFI : www.rfi.fr/emission/20190520

 

Bilderbuch et la renaissance de l’austropop

Mon article, paru aujourd’hui dans Libé.

Avec «Vernissage My Heart», le groupe autrichien brandit ses convictions pro-européennes en réponse au repli nationaliste du pays.

«Une vie sans frontières/ Une Freedom à offrir/ Une liberté sans y penser.» Dans sa nouvelle chanson Europa 22, le groupe autrichien Bilderbuch chante son idéal d’un continent ouvert et plein de promesses. A rebours des discours qui émanent habituellement de l’Autriche, dirigée, depuis un an et demi, par le jeune conservateur Sebastian Kurz en coalition avec l’extrême droite, la sortie du morceau a fait son effet. Le groupe a lancé, fin février, alors que commençait la campagne des élections européennes, un site sur lequel les internautes peuvent générer, en quelques clics, leurs propres passeports européens, d’allure très officielle. Le lendemain, de nombreux utilisateurs affichaient déjà, sur les réseaux sociaux, leur effigie passée à la moulinette du passeport fictif. Parmi eux, l’ancien président du Parlement de Strasbourg, l’Allemand Martin Schulz.

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Robert Menasse «La politique commune est bloquée par les égoïsmes particuliers»

Paru dans Libération, lundi.

L’écrivain Robert Menasse a rencontré en 2017 un succès international avec la Capitale. Roman autour de la Commission européenne, il offrait un pendant fictif à son engagement en faveur d’une république européenne, supranationale et ancrée dans ses régions. Pas franchement le genre de discours en vogue dans son Autriche natale, gouvernée par le chrétien-démocrate Sebastian Kurz, en coalition avec l’extrême droite.

Pourquoi les idées proeuropéennes séduisent-elles moins que l’europhobie des nationalistes ?

Le succès du nationalisme découle d’une contradiction fondamentale de l’Union européenne. Elle incarne un projet d’évolution postnationale, avec des institutions supranationales… mais la plus puissante d’entre elles reste le Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement. Des élus nationaux qui revendiquent défendre les intérêts de leur pays. Conséquence : la politique commune reste bloquée par les égoïsmes particuliers. Les crises se multiplient et les citoyens font le constat des dysfonctionnements de l’UE. Ils peuvent alors assurer : «Nous voulons au moins que nos Etats nations fonctionnent.» Précisément ce que promettent les populistes de droite et les nationalistes. En réalité, les blocages pourraient être dépassés par, non pas moins, mais davantage de prise de décision commune.

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«On essaye de monter les gens les uns contre les autres»

Aujourd’hui paraît dans Libération ma double page sur l’Autriche.

Extrait :

Ils sont régulièrement 2 000 ou 3 000 à venir scander leur slogan «résistance !» sous les fenêtres de différents ministères. Tous les jeudis soir depuis octobre, ces Viennois et Viennoises protestent contre la politique de leur gouvernement. Au fil des mois, les «manifestations du jeudi» se sont également étendues à d’autres villes autrichiennes, comme Graz ou Innsbruck. Toutes ces mobilisations peuvent paraître modestes, mais elles restent notables pour la petite et paisible république alpine. Elles sont planifiées par un collectif non-partisan auquel appartiennent quelques figures historiques des grandes manifestations qui avaient marqué le pays au tournant des années 2000. A l’époque, plusieurs centaines de milliers de personnes étaient descendues dans la rue pour dire leur opposition à la première participation de l’extrême droite au gouvernement fédéral.
Depuis un peu plus d’un an, c’est bis repetita : le Parti de la liberté est de retour à la tête de l’Autriche. Et cette fois encore, sa réapparition s’est faite au sein d’une coalition menée par les chrétiens-démocrates du Parti populaire. Même si le Parti de la liberté n’est que «junior partner» puisque sous la houlette du chancelier, le jeune chrétien-démocrate Sebastian Kurz, les organisateurs des manifestations du jeudi considèrent, à l’instar de Michaela Moser, que «tout le gouvernement vire à l’extrême droite. On le reconnaît surtout au racisme de plus en plus éclatant qui en émane». Dans les cortèges, des panneaux comme «Plus jamais ça, c’est maintenant» révèlent la peur de se retrouver confronté à des démons du passé nazi. Régulièrement, les manifestants interpellent le chancelier… qui garde, à ce sujet, un silence assourdissant. Il ignorerait sciemment le vrai et dangereux visage de son partenaire au gouvernement.
«Cerveau»
Au Parlement, la sociale-démocrate en charge des questions de mémoire, Sabine Schatz, a recours à une autre métaphore. Jeudi, elle accusait le gouvernement d’être «aveugle de l’œil droit». Allant jusqu’à considérer en substance que l’extrémisme de droite conduirait à la violence. «Il tue. L’attentat tragique de Christchurch l’a montré», dit-elle. La fusillade islamophobe en Nouvelle-Zélande a trouvé un écho inattendu en Autriche, depuis que le ministère de l’Intérieur a confirmé que le suspect néo-zélandais, Brenton Tarrant, avait séjourné en Autriche dans le cadre d’une tournée en Europe en 2018.
Le Mouvement identitaire autrichien est désormais visé par une enquête. […]

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